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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2406354

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2406354

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2406354
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCLORIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2024, M. C A B, représenté par Me Cloris, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour " vie privée et familiale ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une un titre de séjour mention

" vie privée et familiale " dans le délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;

- la condition d'urgence est remplie en ce que la décision attaquée a pour conséquence de le placer en situation irrégulière sur le territoire français et met en péril son activité économique ;

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas saisi les services du procureur de la République pour demander des informations sur les suites judiciaires des faits mentionnés dans l'arrêté en méconnaissance de R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle considère que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

Le préfet de police, représenté par Me Jean-Paul Tomasi, a communiqué des pièces complémentaires, enregistrées le 27 mars 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2406353 enregistrée le 18 mars 2024 par laquelle M. A B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Gros, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Labbaci, greffière d'audience, M. Gros a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Leroy substituant Me Cloris, représentant

M. A B

- les observations de Me Floret, représentant la préfecture de police.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant bolivien, né le 17 mars 1976 à La Paz (Bolivie), est entré en France selon ses déclarations en 2004. Il était titulaire de titres de séjour

" vie privée et familiale " depuis 2014 dont le dernier a expiré le 27 avril 2021. Durant l'instruction de sa demande de renouvellement sollicitée le 23 avril 2021, il s'est vu délivrer plusieurs récépissés puis, suite à un avis défavorable de la commission du titre de séjour des étrangers, un arrêté refusant le renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale " lui a été notifié le 26 janvier 2024 au motif que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public.

Par la présente requête, M. A B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. M. A B, qui bénéficiait d'un titre de séjour " vie privée et familiale " expirant le 27 avril 2021, a sollicité le 23 avril 2021 le renouvellement dudit titre de séjour et peut donc, en principe, se prévaloir de la présomption d'urgence. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, dès lors que d'une part les faits de violence sur son épouse commis en 2014 qui auraient fait l'objet d'une condamnation en 2015 selon l'avis de la commission du titre de séjour sont anciens et d'autre part que les condamnations visées par l'arrêté attaqué concernent des délits routiers pour le plus récent commis en décembre 2022, qu'en outre, il est constant qu'il réside sur le territoire français depuis 2004, les moyens tirés de ce que le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que la présence de M. A B est constitutive d'une menace à l'ordre public et a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

7. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de délivrer provisoirement à M. A B, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour " vie privée et familiale " est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A B un titre de séjour vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'État versera à M. A B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au préfet de police.

Fait à Paris, le 29 mars 2024.

Le juge des référés,

L. GROS

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406354

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