vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2406474 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET GATINEAU, FATTACCINI, REBEYROL (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 mars 2024, M. A B demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 15 mars 2024 par laquelle la Cour des comptes a refusé sa candidature au poste de conseiller technique auprès de la Cour des comptes de la République démocratique du Congo, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à la Cour des comptes de ne pas attribuer ce poste à un autre candidat sous astreinte.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie en ce que la décision attaquée a pour conséquence de le maintenir dans un environnement de travail délétère dès lors que son président de chambre le harcèle moralement ;
- le poste auquel il a candidaté va être pourvu par un autre candidat ; la durée de la procédure contentieuse l'empêcher d'accéder potentiellement au poste ;
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entaché d'un vice de procédure en ce que l'examen préalable de son dossier de candidature n'a été ni impartial ni objectif ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ; il soutient que le poste auquel il a candidaté n'a pas encore été attribué ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur ses capacités professionnelles ; la décision est contraire à l'intérêt de la Cour des comptes et à l'intérêt général en ce qu'il est le candidat idoine ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure ou de pouvoir en ce que la décision est une mesure de rétorsion visant à le sanctionner pour son signalement en sa qualité de lanceur d'alerte auprès du procureur de la République de faits constitutifs d'une infraction pénale et son dépôt d'un recours devant le Conseil d'Etat contre l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, la Cour des comptes, représentée par Me Jean-Jacques Gatineau, conclut au rejet de la requête aux motifs que les conditions d'urgence et de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ne sont pas remplies. Il demande également de mettre à la charge de M. B la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2406301 enregistrée le 18 mars 2024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Gros, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Labbaci, greffière d'audience, M. Gros a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. B, qui admet que le candidat retenu a plus d'expérience que lui en Afrique mais demande que sa bonne foi ne soit pas mise en cause et que le statut de lanceur d'alerte lui soit reconnu,
- les observations de Me Jean-Jacques Gatineau, représentant la Cour des comptes, qui reprend et développe ses écritures et soulève une exception de non-lieu à statuer dès lors que la procédure de recrutement au poste de conseiller technique auprès de la Cour des comptes de la République démocratique du Congo a déjà été exécutée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, magistrat financier affecté à la cour régionale des comptes de Paris, a candidaté pour le poste de conseiller technique auprès de la Cour des comptes de la République démocratique du Congo le 21 janvier 2024. Suite à un entretien, il est informé
le 15 mars 2024 du rejet de sa candidature. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle la Cour des comptes a refusé sa candidature au poste de conseiller technique auprès de la Cour des comptes de la République démocratique du Congo.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "
En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :
3. Si la Cour des comptes fait valoir que le candidat sélectionné au poste a déjà pris contact avec Expertise France et a débuté la formation de sécurité préalable à sa prise de fonctions, cette circonstance, dès lors que la procédure de recrutement n'a pas été totalement exécutée en ce que son installation en République démocratique du Congo ne sera effective qu'au mois
de mai 2024, n'a pas pour effet de priver d'objet la requête formée par l'intéressé à l'encontre de la décision refusant sa candidature. L'exception de non-lieu à statuer opposée par la Cour des comptes doit être par suite être écartée.
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
5. Le requérant ayant admis de bonne foi durant l'audience que l'admission du candidat retenu à l'issue de la procédure de sélection est justifiée eu égard à ses capacités professionnelles, il écarte ainsi de lui-même le grief essentiel de sa contestation tenant à ce que la décision attaquée constituerait une sanction déguisée motivée d'une part par son signalement auprès du procureur de la République et d'autre part par le dépôt d'une requête en référé suspension devant le Conseil d'Etat visant à suspendre la décision par laquelle il a été renvoyé devant le Conseil supérieur des chambres régionales des comptes en formation disciplinaire. En outre, il résulte de l'instruction, et comme il a été dit à l'audience, que la personne ainsi sélectionnée pour le poste de conseiller technique auprès de la Cour des comptes de la République démocratique du Congo a déjà débuté sa procédure de recrutement. Les circonstances ainsi invoquées ne sont donc pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets de la décision attaquée.
6. La présente requête en référé suspension doit ainsi être rejetée sans qu'il soit besoin de statuer sur les moyens.
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la Cour des comptes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la Cour des comptes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la Cour des comptes.
Fait à Paris, le 29 mars 2024.
Le juge des référés,
L. GROS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.