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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2406642

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2406642

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2406642
TypeDécision
Avocat requérantCABINET JASPER AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé, a ordonné une expertise médicale à la demande de Mme A, qui s'interroge sur les conditions de prise en charge de son époux décédé à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière après une opération de pose d'endoprothèse aortique. La mesure a été prononcée sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en raison de son utilité pour une éventuelle action en responsabilité. L'AP-HP et l'ONIAM ne s'opposaient pas à l'expertise, mais leurs demandes complémentaires (pré-rapport imposé, fixation anticipée des frais) ont été rejetées. La demande de Mme A au titre des frais irrépétibles (article L. 761-1) a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2024, Mme E A, représentée par Me Dizier, demande au juge des référés du tribunal :

1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, en vue de déterminer les préjudices subis lors de la prise en charge de son époux M. B A à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière le 21 mars 2023 ayant abouti à son décès le 18 avril 2023 et de déterminer les responsabilités encourues ;

2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la conduite d'une expertise est utile dans la perspective d'une action en responsabilité à raison du décès de son époux intervenu le 18 avril 2023 lors de son hospitalisation à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière pour une opération de pose d'endoprothèse thoracique.

Par un mémoire, enregistré le 9 avril 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par le cabinet Jasper avocats, informe le juge des référés qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée et demande de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire. Il demande au juge des référés d'enjoindre à l'expert de déposer un pré-rapport.

Par un mémoire, enregistré le 17 avril 2024, l'Assistance publique - hôpitaux de Paris informe le juge des référés qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, demande d'appeler au contradictoire les organismes sociaux et l'ONIAM, de mettre les frais d'expertise à la charge de Mme A et de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire. Elle conclut au rejet des autres demandes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / () ".

2. M. A, né le 19 février 1948, a été pris en charge au centre hospitalier de la Pitié Salpêtrière pour un anévrisme de la crosse aortique nécessitant une première opération au mois de septembre 2022 pour un débranching de la carotide commune gauche et pontage carotido sous-clavier gauche, puis une seconde opération le 22 mars 2023 avec pose d'endoprothèse branchée de la crosse aortique et module thoracique. Lors de cette dernière intervention, une déchirure de l'artère iliaque externe et de l'artère hypogastrique droite est intervenue, conduisant à un pontage ilio fémoral en urgence et une ligature de l'artère hypogastrique marquée par un choc hémorragique nécessitant la pose d'un ballon intra-aortique. Les suites de l'opération ont été marquées par un test positif au covid-19, des AVC multiples avec hypotononie majeure et troubles de la déglutition, des infarctus spléniques, rénaux et pancréatiques, une ischémie mésentérique nécessitant une prise en charge chirurgicale et une résection digestive, une pneumonie acquise sous ventilation mécanique, une pancréatite aigüe nécrosante avec infection de coulée de nécrose, une infection de prothèse vasculaire en regard de l'infection de coulée de nécrose ayant conduit au décès de M. A le 18 avril 2023. S'interrogeant sur les conditions de prise en charge de son époux, Mme A sollicite la désignation d'un expert judiciaire.

3. La demande d'expertise présentée par Mme A entre dans le champ d'application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité. Par suite, les conclusions de l'ONIAM tendant à ce que le juge des référés enjoigne à l'expert de déposer un pré rapport doivent être rejetées.

Sur la charge des frais d'expertise :

5. En vertu de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la ou les parties qui assumeront la charge des frais d'expertise sont désignées par le président du tribunal aux termes de l'ordonnance qui fixera, après le dépôt du rapport, les frais et honoraires de l'expert. De même, en application de l'article R. 621-12 du même code, dans le cas où il serait fait droit à une demande de l'expert tendant au bénéfice d'une allocation provisionnelle, il appartient également au président du tribunal, aux termes de l'ordonnance fixant le montant de cette allocation, de préciser la ou les parties qui devront la verser. Il n'appartient donc pas au juge des référés de déterminer la partie à la charge de laquelle seront mis les frais d'expertise ou, le cas échéant, l'allocation provisionnelle qui pourrait éventuellement être accordée à l'expert. Par suite, les conclusions présentées par l'AP-HP en ce sens doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : M. C D (chirurgie cardiovasculaire et thoracique), exerçant au CMC Parly 2, 21, rue Moxouris au Chesnay (78150) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de Mme A, de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP), l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, de :

1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de M. A et, notamment, de tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de la Pitié Salpêtrière et les motifs de son suivi ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ;

2°) décrire l'état de santé de M. A et dire si sa prise en charge a été conforme aux règles de l'art ; puis se prononcer sur les soins et prescriptions lors de son suivi au sein de l'AP-HP, les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné dans l'établissement hospitalier ; décrire l'état pathologique du requérant ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. A et aux symptômes qu'il présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales de l'hôpital, l'utilité des gestes opératoires pratiqués et la conformité de la prise en charge de l'intéressé aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ;

4°) déterminer l'origine du dommage en appréciant, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui y auraient concouru en recherchant, à cet égard, quelle incidence sur la survenance du dommage ont pu avoir la présence d'autres pathologies, l'âge de M. A ou la prise d'un traitement antérieur particulier ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. A une chance sérieuse de guérison ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par le requérant de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader jusqu'à son décès en raison de ces manquements ;

6°) déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

7°) dans l'hypothèse où les experts estimeraient que le dommage trouve son origine dans un acte médical de préciser les conséquences auxquelles le patient était probablement exposé en l'absence de traitement, et de préciser, en la chiffrant, quelle était la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage dans les conditions où l'acte a été accompli ;

8°) dire si l'on est en présence de conséquences anormales, non pas au regard du résultat attendu de l'intervention, mais au regard de l'état de santé de la personne, de l'évolution prévisible de cet état, de la fréquence de réalisation du risque constaté ; dire si ces conséquences étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;

9°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance des préjudices subis tant par M. A notamment à raison des souffrances endurées, que par ses proches, ainsi que toute information utile à la solution du litige ; évaluer l'ensemble des préjudices selon la nomenclature Dintilhac et les chiffrer précisément ;

a) donner son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état de M. A en lien avec les faits en litige ; préciser, dans le cas où ou certains achats de produits pharmaceutiques ne seraient pas tout entiers imputables au dommage litigieux, dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ;

b) déterminer les autres dépenses liées au dommage corporel ;

c) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige ;

d) évaluer le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément ;

e) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par M. A à raison des faits en litige.

Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : A la demande du tribunal ou à son initiative, l'expert pourra, avec l'accord des parties, conduire une médiation dans les conditions prévues à l'article R. 621-1 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal, au plus tard le 17 mars 2025, sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges prévue à cet effet, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 10 de la présente ordonnance, dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A, à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP), à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, et à M. C D, expert.

Fait à Paris, le 28 août 2024.

La juge des référés,

M. Dhiver

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406642/11-6

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