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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2406954

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2406954

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2406954
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantNSALOU NKOUA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés le 26 mars 2024, le 9 avril 2024 et le 14 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Nsalou Nkoua, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de changement de statut étudiant vers celui de " recherche d'emploi et création d'entreprise ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et, à défaut, de réexaminer sa situation " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à Me Nsalou Nkoua, son avocat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été invitée à présenter des observations ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet de police n'a pas examiné sa demande au regard des stipulations de l'article 2 de l'accord franco-congolais du 25 octobre 2007 ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 avril 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 21 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-congolais relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Brazzaville le 25 octobre 2007 ;

- le décret n°96-996 du 13 novembre 1996 portant publication de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager ;

- et les observations de Me Nsalou Nkoua avocat de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante congolaise, née le 29 octobre 1993, entrée en France le 7 octobre 2019, sous couvert d'un visa long séjour pour " étudiant ", a sollicité, le 10 mars 2023, en application de l'accord franco congolais relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, un changement de son statut étudiant vers celui de " recherche d'emploi et création d'entreprise ". Par un arrêté du

5 mars 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les conclusions à fin d'annulation sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens :

2. D'une part, aux termes des stipulations du paragraphe 213 de l'article 2 l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement, signé à Brazzaville le 25 octobre 2007 : " Une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de neuf mois non renouvelable est délivrée au ressortissant congolais qui, ayant achevé avec succès, dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, un cycle de formation conduisant à un diplôme au moins équivalent au master, souhaite dans la perspective de son retour au Congo compléter sa formation par une première expérience professionnelle en France. Pendant la durée de cette autorisation, son titulaire est autorisé à chercher et, le cas échéant, à exercer un emploi en relation avec sa formation et assorti d'une rémunération au moins égale à une fois et demie la rémunération mensuelle minimale en vigueur en France. A l'issue de cette période de neuf mois, l'intéressé pourvu d'un emploi ou titulaire d'une promesse d'embauche, satisfaisant aux conditions énoncées ci-dessus, est autorisé à séjourner en France pour l'exercice de son activité professionnelle, sans que soit prise en considération la situation de l'emploi. " et de l'article 13 de la convention conclue le 31 juillet 1993 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République congolais : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention."

3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " autorise l'étranger à exercer une activité professionnelle salariée jusqu'à la conclusion de son contrat ou l'immatriculation de son entreprise. " Aux termes des dispositions de l'article L. 422-10 du même code : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; (). "

4. Alors que le paragraphe 213 de l'article 2 de l'accord franco-congolais précité déroge aux dispositions des articles L. 422-8 et L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en prévoyant une durée d'autorisation provisoire de séjour de neuf mois au lieu de douze mois ainsi que son caractère non renouvelable, dont l'intéressée demandait l'application, le préfet ne pouvait fonder sa décision de refus de titre de séjour sur les dispositions des articles L. 422-8 et L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions n'étant pas applicables aux ressortissants congolais dont la situation est régie par l'accord franco-congolais du 25 octobre 2007.

5. Il résulte des termes de l'arrêté en litige que le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour refuser le changement de statut à

Mme B. Toutefois ces dispositions ne lui étant pas applicables, Mme B est fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'un défaut de base légale. Le préfet de police, s'il s'était fondé sur l'accord franco congolais pour examiner la demande de changement de statut présentée par l'intéressée, n'aurait pas pris la même décision. Il y a lieu, par suite, d'annuler la décision du 5 mars 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant son pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de

Mme B soit réexaminée sur le fondement de l'accord franco congolais. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors qu'elle ne justifie pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Toutefois, elle peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante, la somme de 1 000 euros sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 5 mars 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de police et à Me Nsalou Nkoua.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente-rapporteure,

- M. Martin-Genier, premier conseiller,

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseur le plus ancien

P. Martin-Genier La greffière,

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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