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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2406965

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2406965

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2406965
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET KATO & LEFEBVRE (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 mars 2024 et le 23 juillet 2024, Mme B A, représentée par la SESARL Papin avocats, demande au juge des référés :

1°) de condamner l'assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser une provision de 500 000 euros à valoir sur la réparation des préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux qu'elle estime avoir subis en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;

2°) de condamner l'assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui rembourser les frais d'expertise qui se sont élevés à la somme de 6 160 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* le retard de diagnostic et celui conséquent d'un traitement adéquat caractérise une faute de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP ;

* ces fautes sont la cause exclusive du dommage subi par Mme A ;

* l'AP-HP doit également être tenue pour responsable du dommage résultant des infections nosocomiales qu'elle a subies ;

* s'agissant des préjudices patrimoniaux :

- les frais divers s'élèvent à la somme de 3 900 euros ;

- les frais d'assistance à tierce personne s'élèvent à la somme de 1 035 472,50 euros ;

- l'adaptation de son logement est évaluée à la somme de 35 504,44 euros ;

* s'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :

- le déficit fonctionnel temporaire est évalué à 42 372,50 euros ;

- les souffrances endurées sont évaluées à la somme de 30 000 euros ;

- le préjudice esthétique temporaire est évalué à la somme de 16 000 euros ;

- le déficit fonctionnel permanent est évalué à la somme de 267 450 euros ;

- le préjudice esthétique permanent est évalué à la somme de 12 000 euros ;

- le préjudice d'agrément est évalué à la somme de 10 000 euros ;

- le préjudice sexuel à la somme de 3000 euros ;

- le remboursement des dépens, taxés respectivement à 2 500 euros TTC et 3 660 euros TTC.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à limiter le montant des préjudices.

Elle soutient que l'obligation dont se prévaut Mme A se heurte à une contestation sérieuse, dans son principe à titre principal, et dans son montant à titre subsidiaire.

Par un mémoire, enregistré le 26 août 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, représentée par Me Lefebvre, conclut à ce que l'AP-HP soit condamnée à lui verser une provision de 300 000 euros et à ce qu'il soit mis à sa charge la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que sa créance s'élève à 310 036,88 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 4 janvier 1957, qui avait consulté le 1er mars 2013 au sein de l'hôpital Cochin, établissement dépendant de l'AP-HP pour une altération de l'état général associée à des signes d'ischémie au niveau du membre inférieur gauche, a été hospitalisée dans ce même hôpital du 2 au 4 avril 2013 pour un bilan diagnostique et thérapeutique. A sa sortie, la requérante est traitée par Coumadine et il est prévu une consultation avec un médecin vasculaire le 22 avril 2013 à l'hôpital européen Georges Pompidou, établissement dépendant de l'AP-HP, à l'issue de laquelle il est décidé de surseoir à toute revascularisation devant une réponse favorable au traitement par Coumadine. Hospitalisée à nouveau à l'hôpital Cochin le 22 juin 2013 pour des douleurs abdominales, Mme A est transférée à l'hôpital européen Georges Pompidou le 26 juin 2013, où elle demeure jusqu'au 11 juillet 2013, après le constat d'un thrombus de l'aorte avec un infarctus splénique et un épanchement périhépatique. Une thrombectomie fémorale gauche est pratiquée le 5 juillet 2013 et Mme A quitte l'hôpital le 11 juillet 2013. Néanmoins, le 17 juillet 2013, Mme A est à nouveau hospitalisée, en urgence, à l'hôpital européen Georges Pompidou pour des douleurs abdominales intenses. Le 18 juillet 2013, elle fait l'objet d'une opération en urgence en raison d'un choc septique dû à une ischémie aiguë mésentérique. Du 30 juillet au 2 août 2013, Mme A est hospitalisée en réanimation chirurgicale pour la prise en charge d'une bactériémie sur cathéter central, avant d'être transférée jusqu'au 5 août à l'hôpital de la Pitié Salpetrière, établissement dépendant de l'AP-HP, où été constaté un tableau de tétraparésie associée à un syndrome oedémateux, puis à l'HEGP jusqu'au 7 août. Du 8 août au 10 septembre 2013, du 13 septembre 2013 au 19 février 2014 puis du 25 février au 6 mars 2014, Mme A est à nouveau hospitalisée en médecine interne à l'hôpital Cochin, en raison de troubles de la vigilance, d'une embolie pulmonaire et des infections qui ont suivi, puis des suites d'amputations trans-métatarso-phalangiennes gauches. Alors qu'elle continue à subir diverses aggravations de son état de santé et plusieurs hospitalisations, Mme A saisit le 21 octobre 2016 la commission de conciliation et d'indemnisation d'une demande d'indemnisation. Le 1er février 2017, un chirurgien vasculaire, un infectiologue et un chirurgien viscéral sont désignés experts et rendent leur rapport le 26 mai 2017. Par un avis du 26 octobre 2017, la commission de conciliation et d'indemnisation se déclare incompétente s'agissant du dommage imputable à la survenue des infections à défaut pour celles-ci de présenter un caractère de gravité suffisant. Elle estime également que la responsabilité de l'AP-HP ne peut être engagée en l'absence de faute prouvée. Une deuxième expertise a été ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif de Paris par ordonnance du 14 octobre 2021. Les experts ainsi désignés ont rendu leur rapport le 23 mars 2023. Ils ont conclu à un retard fautif de diagnostic de lupus. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés de condamner l'AP-HP à lui verser une provision d'un montant de 500 000 euros à valoir sur la réparation des préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux qu'elle estime avoir subis.

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

3. Aux termes de l'article 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. () ".

4. En premier lieu, Mme A soutient que le retard de diagnostic et celui consécutif de mise en œuvre d'un traitement adéquat caractérisent une faute de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP et que ces fautes sont la cause exclusive du dommage qu'elle a subi. A cette fin, Mme A fait valoir que les seconds experts, dans leur rapport rendu le 23 mars 2023, ont estimé que " la positivité à titre élevée des anticorps anti DNA [constatée au début du mois de juillet 2013] signe le diagnostic de lupus érythémateux aigu disséminé ", mais que ce diagnostic n'a sans doute été posé qu'au mois de novembre 2013, soit avec un retard de quatre mois. Toutefois, d'une part, les premiers experts ont conclu à l'absence de faute dans le diagnostic posé au mois d'avril 2013 et dans le choix des traitements et la prise en charge qui ont suivi. D'autre part, l'AP-HP fait valoir, de façon circonstanciée, la complexité de l'ensemble formé par les différentes affections dont souffre Mme A, la difficulté de poser un diagnostic et la prudence dans le choix des traitements qu'exigeait cette complexité. L'AP-HP fait ainsi valoir que Mme A ne présentait pas, au début de sa maladie, les signes cliniques de lupus que sont l'atteinte cutanée, l'atteinte muqueuse, articulaire, neurologique, séreuse, rénale ou cytopénie auto-immune et que la seule présence d'anticorps DNA, constatée au mois de juillet 2013, ne suffisait pas, à elle seule, à poser alors un diagnostic de lupus érythémateux aigu disséminé. Dans ces conditions, l'établissement d'une faute qui serait caractérisée dans un retard à diagnostiquer un lupus érythémateux aigu disséminé se heurte à une contestation sérieuse.

5. En second lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des deux rapports d'expertise, que les infections nosocomiales dont a souffert Mme A au cours de ses différentes hospitalisations n'ont pas eu d'incidence sur l'évolution de sa maladie. Si elles ont occasionné des douleurs à la requérante, la part de leur incidence propre dans les souffrances endurées évaluée par les experts n'étant pas précisée, l'obligation dont se prévaut Mme A à ce titre, qui évalue ses souffrances endurées de manière globale à la somme de 30 000 euros, est sérieusement contestable dans son montant.

6. Il résulte de ce qui précède que la demande de provision présentée par Mme A doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il en va de même des conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.

Fait à Paris, le 14 octobre 2024.

La juge des référés,

K. Weidenfeld

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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