mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2407034 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | ORHANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mars 2024, Mme E C, représentée par Me Orhant, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 1er février 2024 par laquelle le directeur de général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours et lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile, de manière rétroactive, à compter de la décision de refus, dans un délai de 3 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1500 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- elle est sans ressource, sans logement et dort parfois dans une église et peut rester des jours sans manger ; elle est de fait sans couverture médicale, alors qu'elle a une santé nécessitant un traitement médical à vie. Dès lors qu'elle a été victime d'un accident vasculaire cérébral en 2018 et souffre de stress post traumatique lié à des violences conjugales.
Sur le doute sérieux :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée de vice de procédure, tiré de la méconnaissance des droits de la défense, faute d'avoir pu présenter ses observations préalables ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), dès lors que son état de vulnérabilité n'a pas été pris en compte et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2407035 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Vidal, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante béninoise, née le 7 février 1983, est arrivée en France en avril 2023, selon ses dires, a sollicité l'asile le 10 novembre 2023, et a été placée en procédure dite accélérée. Par une décision du 13 novembre 2023, le directeur territorial de l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'elle n'a pas sollicité l'asile sans motif légitime dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France. Par une décision du 1er février 2024, le directeur général adjoint de l'OFII a rejeté son recours préalable formé le 5 décembre 2023. Mme C demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision du 1er février 2024.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à la requérante, la décision attaquée relève que sa demande d'asile a été présentée tardivement, près de sept mois après son arrivée en France, sans motif légitime. Par ailleurs, Mme C n'a apporté aucun élément sur ses conditions d'existence durant la période au cours de laquelle elle s'est maintenue en France. Enfin, elle n'a pas retourné au service médical de l'OFII le certificat confidentiel qui lui avait été remis dans le but de déceler d'éventuelles vulnérabilités médicales.
6. Pour justifier de l'urgence, Mme C fait valoir qu'elle est sans ressource, sans logement et sans couverture médicale, alors qu'elle a une santé qui nécessite un traitement médical à vie, depuis son accident vasculaire cérébral survenu en 2018, et souffre de stress post traumatique lié aux violences conjugales qu'elle a subies au Bénin. Enfin, elle soutient que si elle a sollicité l'asile sept mois après son arrivée, et n'a ainsi pas respecté le délai de 90 jours, c'est en raison de sa grande vulnérabilité. Toutefois, Mme C ne donne ni précision ni justification sur les raisons de ce retard et sur ses conditions d'existence, alors qu'il ressort du certificat médical du 30 août 2023 établi par le docteur B qu'elle vivait 1 rue de la Mollette chez M. D à Stains (93240) et qu'elle n'a transmis son dossier dit A complété par un médecin que le 20 décembre 2023. En outre, son état de santé fait l'objet d'un suivi par un médecin traitant et la requérante ne se prévaut au demeurant que de certificats médicaux, des 22 août 2018 et 30 août 2023, imprécis et peu circonstanciés. Par suite, Mme C, qui a introduit le présent référé près de deux mois après la notification de la décision attaquée, en date du 1er février 2024, ne justifie pas de l'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter sa requête en toutes ses conclusions, y compris celles présentées en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C et à Me Orhant.
Fait à Paris, le 2 avril 2024.
La juge des référés,
S. VIDAL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.