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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407040

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407040

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407040
TypeDécision
Avocat requérantCABINET JASPER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mars 2024, Mme B E et M. L, représentés par Me Benhaim, demandent au juge des référés du tribunal :

1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP), de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, en vue de déterminer les préjudices subis lors de la prise en charge de Mlle A E à l'hôpital Necker à compter de janvier 2015, ayant aboutis à son décès le 22 août 2022 au sein de l'établissement centre international Carthage médicale, en Tunisie, et les responsabilités encourues ;

2°) de dire que l'expert pourra s'adjoindre un sapiteur et déposera un pré-rapport.

Ils soutiennent que la conduite d'une expertise est utile dans la perspective d'une action en responsabilité en raison des conditions dans lesquelles Mlle A E a été prise en charge à l'hôpital Necker.

Par un mémoire, enregistré le 14 mai 2024, AP-HP informe le juge des référés qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée aux frais des requérants, demande de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire et conclut au rejet de toute autre demande.

Par un mémoire, enregistré le 16 mai 2024, ONIAM, représenté par Me Roquelle-Meyer, fait part de ses réserves et protestations sur le bien-fondé de sa mise en cause, demande de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire et conclut au rejet des autres demandes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / () ".

2. Mlle A E, née le 22 décembre 2008, a montré des troubles de la marche chronique dus à un kyste de la fosse postérieure, pour lequel elle a été prise en charge à l'hôpital Necker à compter du 15 janvier 2015 et a subi le 18 février 2015 une dérivation kysto péritonéale. Elle a ensuite présenté des malaises, avec une perte de connaissance, sans que les examens pratiqués ne mettent une pathologie en évidence, puis a éprouvé à partir de 2019 des difficultés à marcher sur une longue distance, accompagnées à compter de 2021 de troubles du langage, de dysarthrie, de bavages et de troubles de l'équilibre, compensés par une modification médicamenteuse. Au mois d'août 2022, en Tunisie, Mlle A E a présenté un trouble de la marche et a été admise au centre international Carthage médical, où une échographie thyroïdienne a mis en évidence une hypertrophie globale de la glande avec un nodule de 5mm justifiant un traitement anti hypothyroïdien. L'état général de Mlle A E s'est amélioré mais elle a présenté des fausses-routes et a subi le 22 août 2022 un arrêt cardio respiratoire brutal qui a conduit à son décès à 19h45. M. et Mme E, s'interrogeant sur la qualité de la prise en charge à l'hôpital Necker de Mlle A E, demandent la désignation d'un expert judiciaire.

3. La demande d'expertise présentée par M. et Mme E entre dans le champ d'application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. S'il apparaît à un expert qu'il est nécessaire de faire appel au concours d'un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier, il doit préalablement solliciter l'autorisation du président du tribunal administratif. Par suite, les conclusions de M. et

Mme E tendant à ce que le juge des référés autorise l'expert à s'adjoindre un sapiteur ne peuvent qu'être rejetées.

5. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité. Par suite, les conclusions de M. et Mme E et de l'ONIAM tendant à ce que le juge des référés enjoigne à l'expert de déposer un pré rapport ne peuvent qu'être rejetées.

6. En vertu de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la ou les parties qui assumeront la charge des frais d'expertise sont désignées par le président du tribunal aux termes de l'ordonnance qui fixera, après le dépôt du rapport, les frais et honoraires de l'expert. De même, en application de l'article R. 621-12 du même code, dans le cas où il serait fait droit à une demande de l'expert tendant au bénéfice d'une allocation provisionnelle, il appartient également au président du tribunal, aux termes de l'ordonnance fixant le montant de cette allocation, de préciser la ou les parties qui devront la verser. Il n'appartient donc pas au juge des référés de déterminer la partie à la charge de laquelle seront mis les frais d'expertise. Par suite, les conclusions présentées par AP-HP en ce sens doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Mme F K (neurologie pédiatrique) et M. G H (neurochirurgie pédiatrique) exerçant tous deux à l'Hôpital mère-enfant, 59, boulevard Pinel à Bron (69677) sont désignés en qualité d'experts. Ils auront pour mission, en présence de M. et Mme E, AP-HP, ONIAM, et la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, de :

1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de Mlle A E et, notamment, de tous documents relatifs au suivi médical, diagnostics, aux actes de soins, lors de son suivi à l'hôpital Necker à partir du 15 janvier 2015 ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mlle A E ; entendre les doléances de M. et Mme E ;

2°) donner leur avis sur le point de savoir si l'ensemble des diagnostics établis, et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mlle A E et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment leur avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales de l'hôpital, et la conformité de la prise en charge de l'intéressée aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits ; les experts préciseront les références des données médicales sur lesquelles ils se fondent, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui leur paraîtraient pertinents ; dire si au vu des différents symptômes déclarés par Mlle A E des investigations et examens relatifs à la présence éventuelle d'une pathologie thyroïdienne aurait dû être réalisés, et à quelle période ; en cas de réponse positive à cette question, déterminer les pertes de chance qui en ont résulté pour la jeune fille ;

3°) déterminer l'origine du décès de Mlle A E en appréciant, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui y auraient concouru en recherchant, à cet égard, quelle incidence sur la survenance du dommage ont pu avoir la présence d'autres pathologies, l'âge de Mlle A E ou la prise d'un traitement antérieur particulier ;

4°) donner leur avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mlle A E une chance sérieuse d'éviter les dommages décrits ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mlle A E de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

5°) déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à M. et Mme E sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

6°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance des préjudices subis par Mlle A E notamment à raison des souffrances endurées, ainsi que toute information utile à la solution du litige ; évaluer les postes de préjudices sur la nomenclature Dintilhac ;

a) déterminer l'incidence scolaire ainsi que les autres dépenses liées au dommage corporel ;

b) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige ;

7°) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par Mlle A E et ses proches à raison des faits en litige.

Article 2 : Les experts rempliront leur mission dans les conditions par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : A la demande du tribunal ou à leur initiative, les experts pourront, avec l'accord des parties, conduire une médiation dans les conditions prévues à l'article R. 621-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les experts déposeront leur rapport au greffe du tribunal, au plus tard le 21 avril 2025, sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges prévue à cet effet, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : Les experts notifieront les copies de leur rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 8 de la présente ordonnance, dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B E et M. L, à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, à Mme F K et M. G H, experts.

Fait à Paris, le 25 octobre 2024.

La juge des référés,

M. DHIVER

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407040/11-6

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