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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407046

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407046

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407046
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET BASIC ROUSSEAU AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 mars et 23 avril 2024, la Région Ile-de-France demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de Mme A B et de tous occupants de son chef du logement de fonction, situé 7/9 rue d'Eupatoria dans le 20ème arrondissement de Paris ;

2°) d'autoriser la Région Ile-de-France à débarrasser le logement de fonction, de tout bien meuble qui s'y trouverait après le départ de l'occupant ;

3°) de condamner Mme B et tous autres occupants de ce logement à payer une astreinte de 90 euros par jour de retard jusqu'à la libération effective des lieux.

Elle soutient que :

- le litige relève de la compétence du tribunal administratif de Paris statuant en référé dès lors que le logement appartient à la Région Ile-de-France, il relève du domaine public et est situé dans le 20ème arrondissement de Paris ;

- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que Mme B occupe ce logement sans droit ni titre alors qu'elle est affectée depuis le 22 avril 2022 au lycée Lucas de Nehou dans le 5ème arrondissement de Paris ;

- l'urgence et l'utilité de la mesure sont caractérisées dès lors que l'occupation sans titre du logement de fonction empêche d'y installer le nouvel agent et porte ainsi atteinte au fonctionnement du service public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2024, Mme B, représentée par Me Rousseau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la Région Ile-de-France la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, l'agent d'accueil en place depuis deux ans a pu exercer ses fonctions sans logement de fonction, il doit, en outre, être tenu compte de son statut de travailleur handicapé et du caractère inadapté à son état de santé de sa nouvelle affectation ;

- la région ne démontre pas que le bon fonctionnement de l'établissement serait menacé ni, par suite, l'utilité de la mesure ;

- la mesure demandée se heurte à une contestation sérieuse compte tenu du harcèlement moral dont elle a été victime au lycée Etienne Dolet, des irrégularités dans la gestion de ses arrêts maladie et leur imputabilité au service et dans la gestion de sa carrière, ce qui a altéré son état de santé déjà fragile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Seulin pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Trieste, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Seulin, juge des référés ;

- les observations de Mme C, pour la région Ile-de-France, dûment habilitée, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- les observations Me Rousseau, pour Mme B, qui conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures par les mêmes moyens ;

- et les observations de Mme B.

Un mémoire complémentaire a été enregistré le 22 avril 2024 à 23h13 pour Mme B, représentée par Me Rousseau, qui a été communiqué.

Un mémoire complémentaire a été enregistré le 23 avril 2024 à 11h02 pour la région Ile-de-France, qui a été communiqué.

La clôture de l'instruction a été différée le 23 avril 2024 à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi, sur le fondement de ces dispositions, de conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, le juge des référés y fait droit dès lors qu'au jour où il statue, la demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

2. Aux termes de l'article R. 2124-65 du code général de la propriété des personnes publiques : " Une concession de logement peut être accordée par nécessité absolue de service lorsque l'agent ne peut accomplir normalement son service, notamment pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité, sans être logé sur son lieu de travail ou à proximité immédiate. () ". Aux termes de l'article R. 2124-73 du même code : " Les concessions de logement () sont, dans tous les cas, accordées à titre précaire et révocable. Leur durée est limitée à celle pendant laquelle les intéressés occupent effectivement les emplois qui les justifient et dans les conditions fixées par l'arrêté mentionné à l'article R. 2124-72. () / Lorsque les titres d'occupation viennent à expiration, pour quelque motif que ce soit, l'agent est tenu de libérer les lieux sans délai sous peine de se voir appliquer les sanctions prévues à l'article R. 2124-74. " Enfin, aux termes de l'article R. 2124-74 de ce code : " L'occupant qui ne peut justifier d'un titre est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'expulsion. () ".

3. Mme A B, agent technique territorial principal de 2ème classe des établissements d'enseignement de la région Ile-de-France, a été affectée, à compter du 28 août 2017, en qualité d'agent d'accueil-standardiste au lycée professionnel Etienne Dolet situé 7/9 rue Epatoria Paris 20ème, poste pour lequel elle disposait d'un logement pour nécessité absolue de service. S'étant plainte de harcèlement moral au sein de cet établissement, Mme B a été placée en congé de maladie et, par un jugement n°2124419 du 10 octobre 2023, les faits de harcèlement moral ont été reconnus pour l'année 2017-2018. Le 15 décembre 2020, le comité médical a estimé que Mme B était apte à reprendre ses fonctions avec un changement d'affectation, à temps partiel thérapeutique sur sa demande. Cet avis favorable à la reprise de service a été renouvelé le 14 décembre 2021 puis en 2022 par cette instance. Mme B a ainsi été affectée, en qualité d'agent d'accueil standardiste, au lycée Lucas de Néhou situé 4 rue des Feuillantines Paris 5ème, d'abord à compter du 26 août 2021, puis à compter du 22 avril 2022. La fiche de visite du 6 décembre 2023 du médecin de prévention a également émis un avis favorable au travail de l'intéressée sur le poste d'agent d'accueil-standardiste au lycée Lucas de Néhou, avec un aménagement de la station debout et pour l'utilisation des escaliers.

4. L'affectation de Mme B au lycée professionnel Lucas de Nehou a eu pour conséquence la perte du logement pour nécessité absolue de service dont elle bénéficiait auprès du lycée professionnel Etienne Dolet. Si Mme B soutient qu'elle est dans l'impossibilité de quitter ce logement du fait de sa situation précaire, comme il a été dit au point 3, elle a été reconnue apte à reprendre ses fonctions par le comité médical et elle ne justifie, ainsi, plus d'aucun titre l'autorisant à occuper le logement de fonction mis à sa disposition au sein du lycée professionnel Etienne Dolet. En outre, alors que Mme B s'est maintenue dans ce logement au-delà du 20 novembre 2023, date limite qui lui avait été accordée pour quitter les lieux, il ressort des pièces soumises au juge des référés que depuis l'affectation de Mme B au lycée Lucas de Nehou à compter du mois de septembre 2021, cinq agents publics différents se sont succédé sur le poste d'agent d'accueil-standardiste du lycée Etienne Dolet en remplacement de l'intéressée et que la difficulté à recruter de manière pérenne un agent d'accueil-standardiste se justifie par l'absence de logement de fonction. Il suit de là que l'expulsion de Mme B présente un caractère d'urgence et d'utilité, dès lors que son maintien dans les lieux fait obstacle à l'installation du nouvel occupant et porte ainsi atteinte au fonctionnement normal de l'établissement scolaire. Dès lors, la demande de la région Ile-de-France ne se heurte, dans les circonstances de l'espèce, à aucune contestation sérieuse.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner à Mme B et à tous occupants de son chef de libérer dans un délai de deux mois le logement qu'elle occupe indûment et d'en retirer les biens lui appartenant, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

6. La région Ile-de-France n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme B et à tous occupants de son chef de libérer dans un délai de deux mois le logement qu'elle occupe sans droit ni titre situé 7/9 rue d'Eupatoria dans le 20ème arrondissement de Paris et d'en retirer les biens lui appartenant, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 2 : Les conclusions de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la Région Ile-de-France et à Mme A B.

Fait à Paris, le 29 avril 2024.

La juge des référés,

Anne Seulin

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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