vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2407054 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SIMON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mars 2024 et un mémoire complémentaire, enregistré le 4 avril 2024, M. C A, représenté par Me Simon, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté d'expulsion pris par le préfet des Hauts-de-Seine le 11 mars 2022, portant également retrait de son titre de séjour et fixation du pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir, sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911- 2 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Simon au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'une mesure d'expulsion, qui peut être exécutée à tout moment ;
- l'arrêté d'expulsion a été signé par une autorité incompétente et est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- en lui ayant notifié deux ans après l'arrêté d'expulsion attaqué, le préfet n'a pas pris en compte les gages sérieux de réinsertion qu'il présente depuis sa dernière condamnation alors qu' il a créé une micro-entreprise de livraison et a travaillé de 2021 à 2022 avant d'être victime en 2022 d'un accident du travail qui l'a empêché de reprendre son activité, qu'il est en attente d'une opération chirurgicale, de même, il n'a aucune attache familiale au Sénégal, étant entré en France dans le cadre du regroupement familial, le préfet a, ainsi, entaché son arrêté d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il n'a pas pu présenter ses observations avant l'édiction de cette mesure d'expulsion, qui a ainsi été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- cet arrêté a été pris en méconnaissance de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) car il résidait en France de manière régulière pendant sa minorité, puis à sa majorité acquise le 27 janvier 2014, il a été mis en possession de récépissés de titre de séjour puis obtenu une carte de résident valable du 18 octobre 2015 au 17 octobre 2025, la décision d'expulsion ne lui ayant été notifiée que le 3 mars 2024, il est réputé être resté en situation régulière jusqu'à cette date et justifie ainsi de plus de dix ans de présence régulière sur le territoire français ;
- il ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public au sens de l'article L. 631-1 du CESEDA, la peine la plus longue prononcée à son encontre a été de 18 mois avec sursis, révoquée à hauteur de six mois, une seule de ces condamnations a été une peine d'emprisonnement ferme et il n'a jamais été condamné pour des faits d'atteinte à la personne, en outre, la condamnation la plus récente est celle du 10 septembre 2020, soit trois ans et demi avant la notification de l'arrêté préfectoral du 11 mars 2022 ;
- cet arrêté porte atteinte à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des de l'homme car il est entré en France le 15 juillet 2012 à l'âge de 16 ans, dans le cadre de la procédure de regroupement familial, son père est de nationalité française, sa mère dispose d'une carte de résident, ses deux sœurs sont aussi en situation régulière, il n'a plus aucune attache au Sénégal ;
- en se fondant uniquement sur ses trois condamnations pénales, cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, le préfet ne démontre pas qu'à la date de notification de son arrêté, il représente toujours une menace à l'ordre public alors qu'il présente des gages de réinsertion ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une insuffisance de motivation, d'une méconnaissance du principe du contradictoire, d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le retrait de son titre de séjour est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté d'expulsion.
Par un mémoire en défense, enregistré le 04 avril 2024, le préfet des Hauts de Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 8 mars 2024 sous le n° 2405579 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Iannizzi, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Berdugo, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens en insistant sur le fait que la légalité de l'arrêté d'expulsion du 11 mars 2022 doit être appréciée au moment de sa notification, le 3 mars 2024, que le préfet était incompétent car il justifie d'une présence régulière de plus de dix ans et il ne représente pas une menace grave pour l'ordre public compte tenu du quantum de ses condamnations et de ses gages de réinsertion.
La clôture d'instruction a été prononcé à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "
3. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. " L'article L. 631-2 du même code dispose : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ()".
4. Il ressort des pièces soumises au juge des référés et des précisions à la barre que M. C A, ressortissant sénégalais né le 27 janvier 1996, est entré en France le 15 juillet 2012 à l'âge de 16 ans. Il s'est vu remettre une carte de résident le 14 septembre 2017, valable du 12 octobre 2015 au 11 octobre 2025 en tant qu'enfant de parent français. M. A a été condamné à plusieurs reprises, le 15 janvier 2016 à une peine de 18 mois d'emprisonnement avec sursis pour des infractions liées au trafic de stupéfiants (héroïne, cocaïne), ce sursis a été révoqué à hauteur de 6 mois par un jugement du 10 septembre 2020 le condamnant à une peine de six mois d'emprisonnement délictuel dont deux mois assortis du sursis probatoire pendant une durée de deux ans, en raison de la réitération d'infractions liées au trafic de stupéfiant (cocaïne). M. A a aussi été condamné par un jugement du 14 mars 2016 à un mois d'emprisonnement avec sursis pour occupation en réunion d'un espace commun d'immeuble collectif d'habitation en empêchant délibérément le bon fonctionnement du dispositif de sécurité, puis, par un autre jugement du 18 décembre 2020, à 4 mois d'emprisonnement pour arrachage d'un sac accompagné ou suivi de violences n'ayant pas entraîné d'incapacité totale de travail. A sa sortie d'écrou, il est retourné vivre chez sa mère au 16 rue de Bezons à Courbevoie (92400). M. A a crée une micro-entreprise de livreur, il a travaillé en 2021 et 2022 puis s'est trouvé arrêté à la suite d'un accident du travail et n'a pas repris le travail depuis. Célibataire sans charge de famille, il a loué le 1er mars 2024 un logement de 39 m2 à Champs sur Marne (77480). Par un avis du 4 février 2022, la commission d'expulsion a émis un avis favorable à son expulsion du territoire français et, par un arrêté du 11 mars 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé d'expulser M. A du territoire français en fixant le Sénégal comme pays de destination, pays dont il a la nationalité.
5. Pour demander la suspension de l'exécution de l'arrêté ayant ordonné son expulsion du territoire français, M. A fait valoir qu'il entre dans le champ d'application de l'article L. 631- 2 du CESEDA et que seul le ministre pouvait décider de l'expulser, que l'arrêté est insuffisamment motivé, que le préfet n'a pas pris en compte les gages sérieux de réinsertion qu'il présente depuis sa dernière condamnation pénale et n'a donc pas procédé à un examen sérieux de sa situation, qu'il a méconnu le principe du contradictoire, que cet arrêté a été pris en méconnaissance de l'article L. 631-2 du CESEDA car il justifie d'une résidence régulière de plus de dix ans en France, qu'il ne représente pas une menace grave pour l'ordre public au sens de l'article L. 631-1 du CESEDA, que cet arrêté porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des de l'homme, qu'il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, que la décision fixant le pays de destination est entachée d'une insuffisance de motivation, d'une méconnaissance du principe du contradictoire, d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, d'une erreur manifeste d'appréciation et que le retrait de son titre de séjour est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté d'expulsion.
6. Alors que la légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle est prise, en l'état de l'instruction, aucun de ces moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 mars 2022 prononçant son expulsion du territoire français, fixant le pays de destination et retirant son titre de séjour. L'Etat n'étant pas la partie perdante à l'instance, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Hauts de Seine.
Fait à Paris, le 5 avril 2024.
La juge des référés,
A. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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