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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407179

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407179

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407179
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2024, M. B A, représenté par Me De Sèze, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour et de lui délivrer une carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil renonce à percevoir le montant de la rétribution due au titre de l'aide juridique.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors qu'il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et que la décision attaquée le place dans une situation administrative précaire et risque de le priver d'emploi ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que celle-ci est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit.

Vu :

- la requête au fond, enregistrée le 28 mars 2024 sous le n° 2407176 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ho Si Fat, président de section, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 9 avril 2024 :

- le rapport de M. Ho Si Fat, juge des référés ;

- et les observations de Me De Sèze, représentant M. A, qui développe les mêmes moyens que précédemment ;

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de cet article et eu égard à l'urgence à statuer, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. M. A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1989, s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire et a, à ce titre, bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 3 juin 2019 au 2 juin 2023. Le 11 mai 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre et la délivrance d'une carte de résident. Il a bénéficié successivement de deux attestations de prolongation d'instruction l'autorisant à exercer une activité professionnelle dont la dernière était valable jusqu'au 16 janvier 2024. Le 22 décembre 2023, M. A a eu une convocation au rendez-vous fixé le lundi 18 mars 2024 pour le retrait d'un titre de séjour. Par la présente requête, il demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer la carte de résident demandée.

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

6. Par la décision contestée, le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A valable du 3 juin 2019 jusqu'au 2 juin 2024. En outre, et ainsi que le soutient le requérant, il ne perçoit plus de revenu, le versement du revenu de solidarité active ayant été suspendu en raison de l'irrégularité administrative dans laquelle il se trouve du fait de la décision litigieuse. Le préfet de police ne faisant état d'aucun élément de nature à renverser la présomption d'urgence, la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

7. Aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger ". Aux termes de l'article L. 424-13 de ce même code : " L'étranger titulaire de la carte de séjour pluriannuelle délivrée aux bénéficiaires de la protection subsidiaire et aux membres de leur famille, prévue aux articles L. 429-9 et L. 424-11, et justifiant de quatre années de résidence régulière en France, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans, sous réserve de la régularité du séjour. ".

8. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". "

9. Il est constant que M. A bénéficiait d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " valable du 3 juin 2019 au 2 juin 2023 et qu'il justifie de quatre années de résidence régulière en France. Ainsi, en décidant implicitement de ne pas délivrer une carte de résident sans invoquer aucun des motifs lui permettant de fonder légalement ce refus de délivrance, le moyen tiré de ce que le préfet de police a méconnu les dispositions de l'article L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () et aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution " et aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

12. Sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait, la suspension de l'exécution de la décision contestée implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de police de délivrer à M. A, à titre provisoire, une carte de résident, au regard de son statut de réfugié dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'est pas nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me De Sèze, avocat de M. A sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer une carte de résident à M. A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer, à titre provisoire, une carte de résident à M. A, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à, Me De Sèze, conseil de M. A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me De Sèze.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 12 avril 2024.

Le juge des référés,

F. Ho Si Fat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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