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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407224

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407224

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407224
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantHUBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2024, M. A B, représenté par Me Hubert, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite en date du 27 février 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté la demande de rétablissement au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il ne dispose d'aucune ressource et qu'il se trouve dans une situation de vulnérabilité en raison de ses troubles psychiatriques ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision dès lors qu'elle méconnait l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête au fond, enregistrée le 29 mars 2023 sous le n° 2407236 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ho Si Fat, président de section, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 9 avril 2024 :

- le rapport de M. Ho Si Fat, juge des référés ;

- et les observations de Me Djemaoun substituant Me Hubert, avocate de M. B, qui développe les mêmes moyens que précédemment et soutient, en outre, que la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles n'a pas été précédée d'un entretien de vulnérabilité.

La clôture de l'instruction a été reportée au mercredi 10 avril à 12h.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant syrien, a demandé à l'OFII, par courrier en date du 21 décembre 2023, le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil en raison de situation de vulnérabilité. Sa demande a fait l'objet d'un rejet implicite en date du 21 février 2023. Par la présente requête, M. B, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé () /L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est particulièrement vulnérable en ce qu'il souffre de problèmes psychiatriques nécessitant un traitement médicamenteux qui le prive d'autonomie dans sa vie quotidienne. Dans ces conditions, l'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

7. L'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. "

8. M. B a formé une demande de rétablissement au bénéfice des conditions matérielles d'accueil en raison de sa situation de vulnérabilité, laquelle a fait l'objet d'un rejet implicite en date du 21 février 2023. Il ressort des pièces du dossier que M. B est atteint de troubles psychiatriques sévères ayant un impact sur l'organisation de sa vie quotidienne, son discours et ses facultés de mémorisation. Le traitement médicamenteux qui lui est prescrit, le prive d'autonomie pour les gestes les plus simples du quotidien, rendant ainsi la présence de tiers à ses côtés indispensables. Ainsi, M. B se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité sur le plan psychique. Il s'ensuit, qu'en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'absence de prise en compte de la situation de vulnérabilité de M. B est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

11. Eu égard au motif retenu pour la suspension de l'exécution de la décision en litige, la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir provisoirement au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Hubert, avocat de M. B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hubert de la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéficie de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite en date du 27 février 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté la demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir provisoirement M. B au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

Article 4 : L'Etat versera à Me Hubert la somme de 1 000 euros sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Hubert.

Fait à Paris, le 12 avril 2024.

Le juge des référés,

F. Ho Si Fat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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