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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407324

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407324

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407324
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantLEGRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet de police l'a maintenu en rétention administrative ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est entaché d'un vice de procédure, le principe du contradictoire ayant été méconnu ;

- il est entaché d'un vice de procédure, son droit à l'information ayant été méconnu ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui a produit des pièces, enregistrées le 15 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative

Le président du Tribunal a désigné M. Lautard-Mattioli en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lautard-Mattioli,

- les observations de Me Legrand, avocate commis d'office, représentant M. A, qui fait notamment valoir à l'audience l'absence de motifs objectifs au maintien en rétention, au regard de la demande d'asile formée par l'intéressé ainsi que les craintes de celui-ci en cas de retour dans son pays d'origine, notamment dès lors qu'il a été accusé de sorcellerie.

- les observations de Me Zerad, avocate du préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés, dès lors notamment qu'il existe un faisceau d'indice permettant de conclure au caractère dilatoire de la demande d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen, né le 11 mars 2003, retenu au centre de rétention administrative depuis le 26 mars 2024, demande l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet de police l'a maintenu en rétention administrative.

2. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il a été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'absence de remise de l'ensemble des informations sur la demande d'asile, qui se rattache à la procédure d'asile, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision de maintien en rétention administrative. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a fourni ces informations à l'intéressé en français, langue qu'il a déclaré comprendre.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant. Ce moyen doit donc être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. " et aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

6. Il est constant que M. A est entré en France en 2019 à l'âge de seize ans, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance et qu'il n'a pas déposé de demande d'asile en France depuis cette date. En outre, avant d'être informé de la possibilité de déposer une telle demande, il n'a nullement fait état auprès des fonctionnaires de police ayant procédé à son audition ou des services du préfet de police de quelconques craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ressort du jugement n° 2309152 du 21 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa requête dirigée contre l'obligation de quitter le territoire français pris à son encontre le 31 octobre 2023 par le préfet de l'Essonne qu'il n'avait pas fait part au tribunal de ses craintes en cas de retour lors de cette procédure. Interrogé à l'audience, il ne fournit aucun élément supplémentaire sur la réalité des craintes en cas de retour de son pays, où il soutient, sans précisions, risquer des persécutions de la part de sa belle-mère qui l'accuse de sorcellerie. En outre, il ne justifie ni même n'allègue faire l'objet de risques de mauvais traitement ou de persécutions de la part des autorités guinéennes elle-même. Eu égard à ces éléments, le préfet de police a pu, sans erreur d'appréciation, estimer que sa demande d'asile de M. A, introduite après son placement en rétention, était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement.

1. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2024. Par suite, sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 19 avril 2024.

Le magistrat désigné,

B. Lautard-Mattioli La greffière,

D. Permalnaick

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°°2407324/8

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