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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407722

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407722

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407722
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 avril 2024, M. A B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 du préfet de police portant interdiction de retour sur le territoire français pour trente-six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ; elle n'est pas motivée au regard des quatre critères pour fixer la durée de l'interdiction ; il ne conteste pas les faits qui ont donné lieu à son interpellation, à savoir la " détention, acquisition, usage illicite de médicament ou de psychotrope ; détention et usage de produits stupéfiants ", précisant les avoir acquis pour son usage personnel ; il précise être convoqué devant le tribunal correctionnel le 13 septembre 2024.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et qui a versé, le 12 avril 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kanté en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 avril 2024 :

- les observations de Me Dolicanin, avocat commis d'office représentant M. B, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;

- les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police qui conclut au rejet de la requête.

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 2 janvier 1995, entré en 2018 en France selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 3 avril 2024 du préfet de police portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

2. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles il a été pris. Contrairement à ce que M. B soutient, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de la décision attaquée que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. B.

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

6. Le préfet de police a examiné la situation personnelle de M. B au regard des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a constaté que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, son comportement ayant été signalé par les services de police le 1er avril 2024 pour détention, acquisition, usage illicite de médicament ou psychotropes, détention et usage de produits stupéfiants. Il a en outre constaté que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise le 19 février 2023 par le préfet de la Seine-Saint-Denis, à l'exécution de laquelle il s'est soustrait, ainsi que d'une interdiction de retour pendant une durée de douze mois et qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Il a en outre fait état du fait que l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge, qui allègue être entré sur le territoire français depuis cinq ans, ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par le préfet de police, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. B, défavorablement connu des services de police, a fait l'objet de nombreux signalements de vol par effraction, vol avec violence, dégradation et détérioration de bien. Dès lors, M. B, qui ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires qui justifieraient que ne soit pas prononcée l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois, n'est pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste est entachée d'une erreur d'appréciation, nonobstant la circonstance que le signalement du 1er avril 2024 ne constitue pas à lui seul une menace à l'ordre public.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B au préfet de police et à Me Dolicanin.

Lu en audience publique le 15 avril 2024.

La magistrate désignée,

C. Kanté La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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