vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2407767 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | ORMILLIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 5 avril 2024, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Paris, la requête par laquelle M. A B, représenté par Me Ormillien demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'ensemble de l'arrêté :
- l'arrêté est entaché d'une incompétence de son auteur ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation.
Sur le refus de délai de départ volontaire :
- la décision viole les dispositions de l'article L. 612-2 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne prend pas en compte sa situation particulière.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est contraire à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application de l'article
R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin-Genier ;
- les observations de Me Berthier, représentant M. B ;
- le préfet des Yvelines n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 31 juillet 1970, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. Par un arrêté n° 78-2023-01-30-00001 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines le même jour, le préfet des Yvelines a donné délégation à M. Julien Bertrand, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directeur des migrations, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, dont relèvent les mesures d'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires désignés, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de leur signataire doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment qu'il est présent en France sans justifier d'un titre l'autorisant à y séjourner, qu'il n'envisage pas de retourner en Algérie, ne justifie d'aucune circonstance particulière. Il répond ainsi aux exigences de motivation résultant notamment des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de l'intéressé. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire.
5. Si M. B soutient qu'il est présent en France depuis trois ans et qu'il travaille, il se déclare célibataire et sans charge de famille et cette présence alléguée en France depuis trois ans n'est pas suffisante pour établir une vie privée et familiale intense. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de cette décision doit être écarté.
6. Le requérant a fait valoir qu'il ne souhaitait pas retourner dans son pays et donc ne pas se soumettre à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur de droit ou manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la violation de l'article L. 612-2 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
7. M. B dispose d'une adresse stable et d'un emploi. Le préfet des Yvelines, qui n'a pas produit d'observations en défense ni n'est présent à l'audience, ne justifie pas de cette mesure qui doit, dès lors, être annulée pour défaut d'examen de sa situation.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
9. En l'espèce l'arrêté du préfet des Yvelines ne procède pas à l'examen des critères prévus par ces dispositions. Dès lors, cette décision est entachée d'une violation de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit, pour ce motif, être annulée.
Sur les frais de l'instance :
10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Yvelines est annulé en tant qu'il prononce un refus de délai de départ volontaire ainsi qu'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 100 (mille cent) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
Le magistrat désigné,
P. MARTIN-GENIERLe greffier,
R. DRAI
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026