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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407827

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407827

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407827
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2024 et par un mémoire complémentaire, enregistré le 23 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Petit, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de la munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Petit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou à elle-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits dès lors que le préfet a omis de mentionner dans son arrêté le caractère réel et sérieux de ses études actuelles et la naissance de son fils ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 mai 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 28 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager,

- et les observations de Me Petit, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise, née le 12 septembre 1998, entrée en France, munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant ", valable du 22 septembre 2016 au 22 septembre 2017, a sollicité, le 25 avril 2023, le renouvellement d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 7 mars 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En l'absence d'urgence, il n'y pas lieu d'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire Mme A. Les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour présentée par Mme A. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressée, il lui permet de comprendre les motifs du refus de renouvellement du titre lui opposé et n'est, en tout état de cause, pas de nature à établit un défaut d'examen. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation ou du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Le renouvellement de cette carte est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des bulletins de note, que Mme A, inscrite en première année de licence " science et vie de la terre parcours SVT ", pour l'année universitaire 2019-2020, puis, à nouveau, en " science et vie de la terre parcours SVT " pour l'année universitaire 2020-2021, n'a pas validé ces deux années, ni celle 2021-2022 dans ce même parcours. Pour justifier l'absence d'obtention de diplôme entre 2020 et 2024, la requérante fait valoir des difficultés personnelles, rencontrées lors de la naissance de son fils, pendant la crise sanitaire de Covid-19, l'ayant obligée à exercer une activité salariée et a signé un contrat d'engagement de service civique auprès de l'Union nationale des PIMMS (Point information Médiation Multi Services) pour réaliser une mission d'intérêt général d'une durée de dix mois, soit jusqu'au 7 avril 2023. Elle indique également s'être réorientée, par la suite, en première année de formation au diplôme d'Etat d'aide-soignante, en contrat d'apprentissage pour l'année universitaire 2023-2024. Si Mme A fait valoir que cette formation correspond à des débouchés dans un domaine confronté à des difficultés de recrutement de personnel, outre qu'elle n'établit pas de lien entre son activité actuelle d'aide-soignante en apprentissage et la formation universitaire initialement suivie, elle ne justifie, toutefois, d'aucune progression dans les études suivies, les difficultés invoquées n'étant pas susceptibles d'expliquer l'absence de réussite dans ces études, avant la naissance de son enfant et la crise liée à la pandémie, ni même les délais écoulés depuis lors et sa demande d'inscription dans une autre formation, sans lien avec la première. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police aurait inexactement appliqué les dispositions précitées, ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard du caractère réel et sérieux de ses études. Les moyens invoqués doivent dès lors être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en 2016 pour y suivre des études supérieures en qualité d'étudiante et qu'elle a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A ce titre, elle ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 dudit code. Si, pour justifier de l'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, elle se prévaut de la naissance de son fils, en France, le 21 mars 2020 et de la circonstance qu'elle est en formation d'aide-soignante depuis le mois d'avril 2023, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, célibataire, n'étant pas dépourvue de liens dans son pays d'origine, ne justifie pas avoir établi en France le centre de sa vie privée et familiale. Elle ne fait état d'aucun obstacle à rentrer dans son pays. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En l'espèce, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent pas être accueillis.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation représentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de Mme A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont rejetées.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de police et à Me Petit.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente-rapporteure ;

- M. Hémery, premier conseiller ;

- Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseur le plus ancien,

D. Hémery La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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