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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407829

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407829

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407829
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantWERBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et deux mémoires complémentaires, enregistrés respectivement le 5 avril 2024, le 10 avril 2024 et le 29 mai 2024, Mme C A, représentée par Me Werba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Werba, son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et, à défaut à la requérante.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est estimé en situation de compétence liée au regard de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivé.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 27 et le 28 mai 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 mai 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 4 juin 2024.

Des pièces complémentaires, enregistrées le 8 juin 2024, ont été présentées pour

Mme A.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager,

- et les observations de Me Werba, avocat de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 1er juillet 1987, est entrée en France le

31 mars 2020, selon ses déclarations. Elle a sollicité, le 20 avril 2023, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 janvier 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions de l'arrêté :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2023-01598 du 28 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme Catherine Kergonou, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer et cheffe du pôle de l'instruction des demandes de titre de séjour, placée sous l'autorité de M. B D, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 425-9 et du 3° de l'article L. 611-1 ainsi que de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme A. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressée, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A avant de refuser de lui accorder un titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant sur le refus de délivrance de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes des deux premiers alinéas de L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Les conditions d'application de ces dispositions ont été définies aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code et précisées par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Pour refuser de délivrer à Mme A le titre de séjour sollicité, le préfet de police a estimé, ainsi que l'avait fait le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans son avis du 9 octobre 2023, que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut n'est pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier, que Mme A est atteinte d'une maladie hépatique chronique, diagnostiquée en 2020. Elle n'apporte cependant aucun élément précis et circonstancié, hormis un certificat médical, établi le 8 avril 2024, postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, par la praticienne hospitalière du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon qui la suit, que l'intéressée " est suivie dans le service pour une pathologie chronique nécessitant une surveillance médicale continue dont l'interruption pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité " et un compte-rendu d'hospitalisation du 4 avril 2023 dont il ressort qu'elle bénéficie d'une surveillance médicale mais que son foie est " sans lésion focale visible ", le compte-rendu d'hospitalisation du 25 avril 2023 ne fait état d'aucune observation particulière, en particulier relatif à une aggravation de son état de santé, et la requérante n'apporte aucune précision sur la nécessité d'un suivi médical impliquant un traitement médicamenteux particulier pour traiter sa pathologie. Les considérations générales que la requérante invoque quant aux possibles évolutions de sa maladie, en l'absence de prise en charge, ne sont pas étayées par des éléments justificatifs concrets et pertinents susceptibles de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'Office. Il suit de là que ces considérations sont insuffisantes pour infirmer l'appréciation portée par le préfet de police sur son état de santé. La requérante n'est ainsi pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de s'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant la délivrance du titre de séjour sollicité.

8. En deuxième lieu, la circonstance que la décision attaquée mentionne le contenu de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas de nature à établir que le préfet de police se serait considéré en situation de compétence liée par cet avis. Le moyen doit dès lors être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 8, et de ce que la requérante ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de police et à Me Werba.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente-rapporteure,

- M. Matalon, premier conseiller.

- Mme Perrin, première conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseur le plus ancien,

D. Matalon

Le greffier,

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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