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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407878

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407878

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407878
TypeDécision
Avocat requérantBOUILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2024, Mme C, représentée par Me Bouillet, demande au juge des référés :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision d'un montant de 20 000 euros, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif de céans a annulé par son jugement n° 2210166 du

14 février 2022, l'arrêté, en date du 15 février 2022, par lequel le préfet de police lui avait refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

- par une lettre du 21 novembre 2023, Mme C a demandé au préfet de l'indemniser du préjudice matériel subi par elle du fait de cette décision illégale, annulée par le tribunal, et donc fautive, mais n'a reçu aucune réponse expresse ;

- le préjudice financier qu'elle subit et évalue à hauteur de 40622,19 euros n'est pas sérieusement contestable ayant été licenciée de son emploi, faute de titre de séjour, et privée de ses droits sociaux pour les mêmes motifs ;

- elle a aussi subi un préjudice moral qu'elle évalue à 5000 euros ;

- la provision de 20 000 euros qu'elle demande au juge de lui attribuer au titre des préjudices subis du fait de la faute de l'administration constitue une créance qui n'est pas sérieusement contestable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conditions pour verser une provision à l'intéressée ne sont pas remplies et les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du

26 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code du travail,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D B pour statuer sur les demandes de référé.

Par une ordonnance du 12 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au

14 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de versement d'une provision :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

2. Pour demander la condamnation de l'Etat au versement d'une provision d'un montant de 20 000 euros, Mme C, ressortissante malienne, née le 27 juin 1976, entrée en France en 2006, soutient que la décision illégale du préfet de police de refus de renouvellement de son titre de séjour, en date du 15 février 2022, a eu pour conséquence d'une part, la perte de son emploi, son employeur lui ayant demandé de ne plus se présenter sur son lieu de travail et ne qu'elle ne percevrait plus de rémunération, puis l'ayant licenciée le 22 avril 2022, faute de la possession d'un titre de séjour, qu'elle n'a pu retrouver d'emploi par la suite, d'autre part, que ses droits sociaux ont été suspendus pour ce même motif, et enfin qu'elle a subi un préjudice moral.

3. Il résulte de l'instruction que pour faire suite au refus de renouvellement de son titre de séjour, Mme C a saisi, le 5 mai 2022, le tribunal d'une requête tendant à l'annulation de l'arrêté précité mais également d'une requête aux fins de suspension de l'exécution dudit arrêté. Par une ordonnance n° 2210165 du 20 mai 2022, le juge des référés a suspendu l'exécution de l'arrêté du 15 février 2022 et a enjoint au préfet de police de lui délivrer sous quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Mme C a, ainsi, été convoquée à un rendez-vous fixé le 31 mai 2022 à la préfecture de police pour que lui soit remise l'autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. L'intéressée, qui n'était pas présente en France à cette date, ne s'est pas présentée au rendez-vous qui lui avait été donné. Par un jugement n° 2210166, du 14 février 2023, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police en litige.

En ce qui concerne le préjudice financier allégué d'un montant de 30 906 euros subi du fait de la perte de son emploi :

4. Le préjudice financier subi par Mme C, résultant de la perte de son emploi, court, en principe, de la date de sa convocation à la préfecture pour la remise de l'autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le 31 mai 2022, prolongée jusqu'à la date où elle retrouve une activité professionnelle, à condition de justifier de démarches entreprises effectivement pour retrouver un emploi et du montant des indemnités versées par l'assurance chômage pour la perte d'emploi. Mme C ne justifie cependant pas au dossier de la perception, ou de la non perception, d'indemnités versées en application des articles L.8252-1 et L. 8252-2 du code du travail, par l'assurance chômage, du fait de son licenciement en avril 2022. Elle ne justifie pas davantage avoir, à partir de cette date où elle pouvait entrer en possession de l'autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, entrepris des démarches en vue de postuler à un emploi, qui seraient restées vaines, voire essayer de reprendre contact avec son ancien employeur pour postuler sur le poste occupé précédemment. Par suite, la requérante n'établit pas, en l'état de l'instruction, le caractère non contestable de la créance dont elle se prévaut. Ses conclusions présentées à ce titre doivent ainsi être rejetées.

En ce qui concerne le préjudice allégué de 4715 euros lié à la perte des aides sociales :

5. S'il est constant que l'intéressée, du fait du non renouvellement de son titre de séjour, n'a plus perçu, à compter du mois de février 2022, les allocations familiales et l'allocation de soutien familial, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C a, à compter de l'ordonnance du 5 mai 2022 suspendant la décision de refus de renouvellement, et alors qu'elle était en possession d'une autorisation provisoire de séjour, accompli des démarches auprès de la caisse d'allocations familiales en vue de faire rétablir rétroactivement sa situation au regard des allocations dont elle bénéficiait antérieurement. Elle n'en justifie pas davantage à compter de la notification du jugement précité du 14 février 2023 du tribunal administratif de céans. Il suit de là que l'absence de versement des allocations à partir de février 2022 jusqu'en janvier 2024 ne peut être imputée au seul refus de renouvellement du titre de séjour en février 2022 mais également à l'absence de diligence de la part de Mme C vis-à-vis de la caisse d'allocations familiales pour faire rétablir ses droits aux allocations familiales et de soutien familial. Avec l'écoulement du temps et en l'absence de demande de rétablissement, les délais pour obtenir rétroactivement le versement de ces allocations et leur versement pour la période postérieure au 14 février 2023, sont désormais prescrits. La requérante qui n'a pas agi dans les délais vis-à-vis de la caisse d'allocations familiale, n'est ainsi pas fondée à soutenir qu'elle détient une créance non sérieusement contestable du fait de l'absence de versement des allocations précitées sur le préfet de police. Dans ces conditions, les conclusions présentées à ce titre ne présentent pas, en l'état de l'instruction, un caractère non sérieusement contestable au sens de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Elles doivent, par suite, être rejetées.

En ce qui concerne le préjudice moral :

6. Si la requérante évalue à 5000 euros le préjudice moral subi par elle du fait du refus illégal de renouvellement de son titre de séjour qui lui a été opposé par le préfet de police, elle ne produit pas de pièces justificatives sur les troubles dans ses conditions d'existence induits par cette décision qui justifieraient le montant de provision non sérieusement contestable. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, elle peut se prévaloir d'une souffrance morale faisant suite au refus de renouvellement de titre, qui lui a été opposé non sérieusement contestable d'un montante 800 euros.

Sur les frais du litige :

7. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle le 26 février 2024. Elle ne justifie d'aucun frais qu'elle aurait exposé pour pouvoir présenter la présente requête. Par suite, ses conclusions présentées aux fins des frais non compris dans les dépens doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une provision de 800 (huit cents) euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, au préfet de police et à

Me Bouillet.

Fait à Paris, le 5 novembre 2024 .

La juge des référés,

V. D B

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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