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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407949

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407949

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407949
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2024, M. B A, représenté par Me Langlois, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 19 septembre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, ou à défaut, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, sans délai à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.

Il soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- la condition d'urgence est remplie en ce qu'il est maintenu dans une situation précaire depuis une durée anormalement longue de deux ans suite au dépôt de sa demande de régularisation ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision le place dans une situation irrégulière qui entrave la poursuite de son activité professionnelle, et met ainsi en péril sa capacité à subvenir aux besoins de sa famille, notamment ceux de sa femme enceinte qui a déposé une demande d'asile ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a méconnu l'article L. 423-23 du même code ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La préfecture de police, à qui la requête a été régulièrement notifiée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 novembre 2023 sous le numéro 2326477 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique tenue le 16 avril 2024, en présence de Mme Gaonach-Née, greffière d'audience :

- le rapport de M. Rohmer ;

- les observations de Me Langlois, avocate de M. A présent, qui reprennent et développent les éléments de la requête. En outre, elle fait valoir qu'une décision de refus de renouvellement du titre de M. A est intervenue en 2021 ;

- les observations de Me Zerad, avocate de la préfecture de police, qui conclut au rejet de la requête pour défaut d'urgence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A a été titulaire d'une carte de séjour temporaire valable du 8 août 2019 au 7 août 2020. S'il a demandé le renouvellement de ce titre auprès de la préfecture du Val-d'Oise, une décision implicite rejetant cette demande est née au plus tard le 2 mars 2021, date d'expiration du dernier récépissé qui lui a été accordé dans ce cadre. M. A n'a pas été contesté cette décision et a attendu le 16 décembre 2021 pour présenter une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture de police. En outre, il ne résulte pas de l'instruction qu'il se serait inquiété du suivi de cette demande avant le courriel envoyé par son conseil à la préfecture de police le 15 novembre 2022, suivis de courriels des 14 avril et 20 juillet 2023. Enfin, la circonstance que sa compagne aurait sollicité l'admission au séjour en France au titre de l'asile ne caractérise pas une situation d'urgence de sa situation. Dans ces conditions, M. A ne démontre pas qu'il n'a pas contribué à créer la situation d'urgence dont il se prévaut pour demander l'intervention du juge des référés. Par suite, et alors même que l'employeur de M. A menace de mettre fin à son contrat de travail à temps partiel et à durée indéterminée, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité ne peut être regardée comme établie.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A, à Me Langlois et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera faite au préfet de police.

Fait à Paris, le 19 avril 2024

Le juge des référés,

B. ROHMER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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