samedi 13 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2408373 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 avril 2024, Mme C A, représentée par Me Hug, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de police la délivrance d'un récépissé assorti d'une autorisation de travail dans un délai de 24 heures à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, en cas d'octroi de l'aide juridictionnelle, ou de lui verser la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence se présume dès lors que l'inertie de l'administration place la requérante dans une situation administrative irrégulière et la prive de toute ressource ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- le comportement de l'administration porte une atteinte grave et immédiate à sa liberté d'aller et venir ;
- le comportement de l'administration porte une atteinte grave et immédiate à sa liberté de travailler.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bachoffer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 3 juin 1979, est entrée en France le 25 janvier 2020 sous couvert d'un visa long séjour valable jusqu'au 20 décembre 2020 en sa qualité de conjoint d'un ressortissant français. Le 7 juin 2023, elle a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour. Par une ordonnance n° 2328505/9 du 27 décembre 2023, le tribunal administratif de Paris a suspendu l'exécution le refus de renouvellement du préfet en date du 30 octobre 2023, et a enjoint au préfet de police la délivrance d'un récépissé qui a été mis en sa possession le 3 janvier 2024, et était valable jusqu'au 2 avril 2024. Par un jugement n° 2328410/8 du 20 mars 2024, le tribunal administratif de Paris a annulé le refus de renouvellement et a enjoint au préfet de police la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
5. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. Pour justifier que la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-2 est remplie, Mme A fait valoir que sa situation tant administrative que financière est rendue précaire par l'inertie de l'administration. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du jugement n° 2328410/8 du 20 mars 2024, que le tribunal administratif de Paris a accordé, à la préfecture de police, un délai de deux mois pour délivrer l'autorisation provisoire, lequel expire le 20 mai 2024. Par suite, la condition d'urgence à quarante-huit heures au sens de l'article L. 521-2 ne peut être regardée comme remplie.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, que la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie et qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme A, en toutes ses conclusions, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A épouse B et à Me Hug.
Fait à Paris, le 13 avril 2024.
Le juge des référés,
B. Bachoffer
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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