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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2408402

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2408402

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2408402
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantGAGEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2024, M. B A, représenté par Me Gagey, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 1er février 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir provisoirement les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours ouvrés à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en ce qui concerne l'urgence : la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est sans domicile fixe, ne dispose d'aucune ressource financière, doit faire appel à des associations pour subvenir à ses besoins et se trouve, par conséquent, dans une situation de dépendance totale incompatible avec l'autonomie et la dignité qui doit être assurée aux demandeurs d'asile ;

- en ce qui concerne le moyen propre, à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que son évaluation de vulnérabilité ait été réalisée par agent de l'OFII ayant reçu une formation spécifique ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ait été informé dans une langue qu'il comprend que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pouvait lui être refusé ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est entré sur le territoire français le 24 décembre 2023 ;

- la décision est entachée d'une méconnaissance des dispositions de l'article

L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors qu'il a déposé sa demande d'asile moins de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a conclu au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2408403 enregistrée le 12 avril 2024 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

M. A a demandé l'aide juridictionnelle le 12 avril 2024.

Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann, vice-présidente de section, comme juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 avril 2024 tenue en présence de Mme Latour, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Salzmann, juge des référés,

- les observations de Me Gagey, représentant M. A.

A l'issue de l'audience publique, la clôture de l'instruction a été différée au 23 avril 2024 à 18h puis par une ordonnance du 25 avril 2024 au 26 avril 2024 à 10h.

Une pièce et un mémoire, enregistrés les 23 et 26 avril 2024, ont été présentés pour le requérant.

Une pièce, enregistrée le 24 avril 2024, a été présentée par l'OFII.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 25 mai 1997, a présenté sa demande d'asile le 4 janvier 2024. Après l'avoir enregistrée, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a pris une décision lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a présenté, sans motif légitime, sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France. Par une décision du 1er février 2024, le directeur général adjoint de l'OFII, saisi d'un recours administratif préalable obligatoire présenté par M. A le 11 janvier 2024, a confirmé la décision de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision prise le 1er février 2024 par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il n'est pas sérieusement contesté que M. A est dépourvu de ressources et qu'il vit dans la rue. La décision litigieuse le place ainsi dans une situation de grande précarité. Par suite, la condition d'urgence doit, dans les circonstances particulières de l'espèce, être regardée comme remplie.

5. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 () ". Aux termes de l'article

L. 531-27 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ;() ".

6. Pour refuser à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII s'est fondé sur la circonstance que celui-ci avait déclaré à la préfecture de police être entré en France le 24 juillet 2023, de sorte que sa demande d'asile du 4 janvier 2024 a été présentée hors délai, plus de trois mois après son entrée en France.

7. Il ressort de l'entretien de vulnérabilité, mené par le truchement d'un interprète en langue pachtou, effectué après la déclaration, sans l'assistance d'un interprète, au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de police, que l'intéressé a déclaré à l'OFII être entré en France le 24 décembre 2023. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur de fait est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration prononçant la cessation des conditions matérielles d'accueil jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. La mesure de suspension prononcée dans le cadre de la présente instance implique seulement que l'OFII accorde provisoirement à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII d'y procéder dans un délai de quinze jours, à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gagey, avocat de M. A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 000 euros à verser à Me Gagey au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative ; en l'absence d'admission à l'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution de la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 1er février 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder provisoirement à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gagey renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Gagey la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative. En l'absence d'admission à l'aide juridictionnelle, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à M. A, cette somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée M. B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Gagey.

Copie sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 30 avril 2024.

La juge des référés,

M. SALZMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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