samedi 13 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2408501 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET BLUMBERG & JANET ASSOCIES (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par requête, enregistrée le 12 avril 2024, M. C A, représenté par Me Blumberg-Mokri, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris de suspendre la destruction de ses paillettes que détient le centre d'études et de conservation des œufs et du sperme (CECOS) de l'hôpital Cochin de Paris, de décider que l'ordonnance à intervenir sera exécutoire dès qu'elle aura été portée par tout moyen à la connaissance du Directeur de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris(AP-HP), de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 3000 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a procédé au dépôt de ses gamètes le 21 décembre 2017 a la suite de la découverte d'une tumeur cancéreuse à la prostate ; par un courrier du 2 janvier 2024, le CECOS lui annonçait que conformément à la nouvelle législation créant un âge limite de 60 ans pour la procréation, M. A étant né en 1963, la congélation de spermatozoïdes réalisée le 21 décembre 2017 prendrait fin dans un délai de 3 mois à compter de la date d'envoi dudit courrier ; qu'à sa demande le Pr. B, cheffe de service à l'Hôpital Cochin, lui confirmait que ses paillettes ne seront pas détruites le 2 avril 2024 ; la destructions desdites paillettes peut ainsi intervenir à tout moment à compter de cette date. L'urgence résulte du risque de destruction imminente des gamètes congelés de M. A et la destruction des gamètes interdirait la réalisation du projet parental de M. A et porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale de devenir parent.
- l'article R. 2141-38 du code de la santé publique ne peut s'appliquer à sa situation dès lors qu'il a depose ses gamètes avant que ne soit fixée la condition d'âge par ces dispositions.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 11 avril 2008 relatif aux règles de bonnes pratiques cliniques et biologiques d'assistance médicale à la procréation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bachoffer pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur l'office du juge des référés :
1. L'article L. 521-2 du code de justice administrative dispose que, " saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
2. Eu égard à son office, qui consiste à assurer la sauvegarde des libertés fondamentales, il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de prendre, en cas d'urgence, toutes les mesures qui sont de nature à remédier aux effets résultant d'une atteinte grave et manifestement illégale portée, par une autorité administrative, à une liberté fondamentale, y compris lorsque cette atteinte résulte de l'application de dispositions législatives qui sont manifestement incompatibles avec les engagements européens ou internationaux de la France, ou dont la mise en œuvre entraînerait des conséquences manifestement contraires aux exigences nées de ces engagements. En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. Pour justifier d'une urgence particulière justifiant la saisine du juge des référés libertés, M A fait valoir que par un courrier du 28 mars 2024, le Professeur D B, cheffe de service de l'hôpital Cochin, lui a confirmé que ses paillettes " ne seront pas détruites le 2 avril 2024. ". Tout d'abord, un tel courrier ne peut être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. En tout état de cause l'article L. 2141-11 du code de la santé publique issu de la loi n°2021-1017 du 2 août 2021 relative à la bioéthique introduit une condition d'âge (60 ans) pour bénéficier du recueil ou prélèvement et de la conservation des gamètes ou tissus germinaux. Le décret n°2021-1243 du 28 septembre 2021 entré en vigueur le 30 septembre 2021 précise en son article 4 que les dispositions relatives à la limite d'âge " s'appliquent aux demandes présentées à compter de l'entrée en vigueur du présent décret ". Ainsi la circonstance que le requérant a procédé, avant le 30 septembre 2021, au dépôt de ses gamètes au CECOS ne saurait permettre qu'il fût donné une suite favorable à sa demande d'autorisation d'utilisation de ses gamètes en vue d'une procréation médicalement assistée passée l'âge de ses 60 ans.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. A, manifestement mal fondée, en toutes ses conclusions, par application des dispositions de l'article
L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.
Copie en sera adressée à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris et au centre hospitalier Jean Verdier.
Fait à Paris, le 13 avril 2024.
Le juge des référés
M. BACHOFFER
La République mande et ordonne au ministre de la santé et des solidarités en ce qui le concerne et à tous commissaires justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance./9