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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2408771

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2408771

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2408771
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantPERDEREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 avril 2024 et le 3 juin 2024,

Mme A B, représentée par Me Perdereau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du même jugement, sous même condition d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Perdereau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 mai 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 4 juin 2024.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager ;

- et les observations de Me Perdereau, avocat de B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 24 août 1979, est entrée en France, le 15 mars 2015, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 juillet 2016, et a été suivie d'une mesure d'éloignement du 27 septembre 2016, non exécutée. La requérante a sollicité, le 20 juin 2023, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article

L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du

1er février 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme B. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressée, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant de refuser de lui accorder un titre de séjour. De plus, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen. Par ailleurs,

4. En troisième lieu, aux termes des deux premiers alinéas de L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Les conditions d'application de ces dispositions ont été définies aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code et précisées par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'OFII du 23 octobre 2023 au vu duquel le préfet de police s'est prononcé, et qu'il s'est approprié, a été produit dans le cadre du contradictoire et comporte le nom des trois médecins ayant siégé au sein de ce collège avec leurs signatures. Chaque médecin a été régulièrement désigné par une décision du directeur général de l'OFII du 29 juin 2023. Le médecin instructeur, dont le rapport a été établi le 1er octobre 2023, a été transmis au collège le 2 octobre 2023, ainsi que l'indique le bordereau de transmission également produit en défense, ne figurait pas parmi ses signataires. L'avis porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", cette mention du caractère collégial de l'avis fait foi jusqu'à preuve du contraire. Enfin, l'avis mentionne également que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que l'intéressée peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel elle peut voyager sans risque. Ainsi, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure sur ce point, doit être écarté.

6. D'autre part, pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B, le préfet de police a estimé, ainsi que l'avait fait le collège de médecins de l'OFII dans son avis du 23 octobre 2023, que si son état de santé rend nécessaire une prise en charge médicale, dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux, établis par un médecin du centre

médical Primo Lévi, que la requérante bénéficie d'un suivi régulier et d'un traitement médicamenteux par Xanax depuis 2017, pour état dépressif lié à un syndrome post-traumatique consécutif à des viols qu'elle aurait subis, en prison, dans son pays d'origine. Toutefois, d'une part, il n'est pas contesté par l'intéressée que sa demande d'asile, déposée pour ce motif, a été définitivement rejetée et, d'autre part, la molécule du Xanax, l'alprozolam, est disponible dans son pays d'origine comme cela ressort de la liste des médicaments essentiels concernant la République démocratique du Congo, établie en octobre 2020. De plus, si Mme B allègue qu'une prise en charge psychiatrique serait impossible dans son pays d'origine en raison des caractéristiques de son système de santé, ni les certificats médicaux établis les 16 juin 2017, 7 mai 2021, 25 mars 2022, 11 juillet et 18 avril 2023, par des médecins du centre de soins précité, qui se bornent, pour deux d'entre eux à décrire la situation générale de ce pays en des termes peu circonstanciés, ni les références qui sont faites à des données remontant au rapport de 2019 de l'Agence de l'Union européenne pour l'asile ou à celui de 2018 de l'OSAR, ne sont de nature à l'établir. Par ailleurs, si Mme B se prévaut de difficultés pour mener une vie normale au quotidien qui seraient liées à l'absence d'amélioration de son état de santé, notamment des crises d'angoisse et de reviviscences, l'apparition d'une hypertension artérielle, d'une maladie auto-immune et une thiroïdyte de Hashimoto, d'une part, le certificat médical du 15 mai 2024 qui y fait référence est postérieur à l'arrêté attaqué et n'est pas corroboré par des examens ou ordonnances médicaux et, d'autre part, son état de santé, nonobstant la gravité invoquée, lui permet une activité professionnelle depuis mars 2021. Enfin, si la requérante soutient qu'un retour dans ce pays aggraverait les troubles psychiatriques dont elle souffre et qui sont liés à un stress post-traumatique consécutif à des événements qu'elle y a vécus, les certificats médicaux produits ne sauraient suffire à établir la réalité de ces événements traumatisants alors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides comme la Cour nationale du droit d'asile n'en ont pas admis l'existence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de Mme B.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 9, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

9. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été exposé au point 7 que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme B.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, présentées par Mme B, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de police et à Me Perdereau.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure ;

- M. Matalon, premier conseiller ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseur le plus ancien,

D. Matalon La greffière,

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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