jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2408980 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET SALIGARI EL AMINE AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 22 avril 2024,
M. B A, représenté par Me Sylvain Saligari, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui renouveler sa carte de résident, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de lui renouveler sa carte de résident dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 s'il est définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou dans le cas contraire, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à lui verser directement.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie en ce que la décision attaquée a pour conséquence de le placer en situation de grande précarité dès lors qu'il ne peut ni travailler ni bénéficier d'aides sociales ; il peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il se retrouve en situation irrégulière sur le territoire français alors que la qualité de réfugié lui a été reconnue ;
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation en ce que les motifs du refus implicite n'ont pas été communiqués malgré une demande en ce sens ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 424-1 et L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que la carte de résident est renouvelable de plein droit dès lors que la qualité de réfugié lui a été reconnue ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, le préfet de police conclut à titre principal au rejet de la requête pour défaut d'urgence et à titre subsidiaire au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête en faisant valoir que M. A a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction le 19 avril 2024 valable jusqu'au 18 juillet 2024 lui permettant de séjourner régulièrement sur le territoire et de travailler.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2408981 enregistrée le 17 avril 2024 par laquelle M. B A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Gros, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 24 avril 2024 à 10h en présence de
Mme Focosi, greffière d'audience, M. Gros a lu son rapport.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant birman, né le 30 septembre 1987 à Guna Para (Birmanie), était titulaire d'une carte de résident du 15 janvier 2014 au 14 janvier 2024 en sa qualité de réfugié. Il a sollicité le renouvellement de sa carte de résident le 8 octobre 2023 et s'est vu remettre une attestation de prolongation d'instruction de demande de titre de séjour expirant le 7 avril 2024. Le requérant fait valoir que le silence gardé par le préfet de police sur cette demande pendant plus de quatre mois a fait naître une décision implicite de refus de délivrance de carte de résident le 8 février 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 8 février 2024 par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui renouveler sa carte de résident.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire est demandée sans forme () au président de la juridiction saisie ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
4. Si le préfet de police soutient que M. A a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction le 19 avril 2024 valable jusqu'au 18 juillet 2024 lui permettant de séjourner régulièrement sur le territoire et de travailler, cette circonstance est sans incidence sur la naissance le 8 février 2024 d'une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour du 8 octobre 2023 en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que cette prolongation de l'instruction, d'ailleurs postérieure à la naissance de la décision implicite de rejet, ne constitue pas une décision statuant sur la demande. Cette mesure n'a donc pas pour effet de priver d'objet la requête formée par l'intéressé à l'encontre de la décision attaquée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
7. M. A, qui bénéficiait d'une carte de résident expirant le 14 janvier 2024, a sollicité le 8 octobre 2023 le renouvellement dudit titre donnant droit au séjour et peut donc, en principe, se prévaloir de la présomption d'urgence. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie, nonobstant la circonstance qu'une prolongation d'instruction lui permet de séjourner régulièrement jusqu'au 18 juillet 2024 mais de façon précaire et pour une instruction dont la durée anormalement longue met en cause les droits qu'il tient de son statut de réfugié
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
8. Aux termes des dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'absence de menace grave pour l'ordre public, de l'établissement de la résidence habituelle de l'étranger en France et des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit ".
9. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas soutenu par le préfet de police que M. A, qui a demandé le renouvellement de sa carte de résident avant que son précédent titre ne vienne à expiration, pourrait se voir opposer les réserves prévues à l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment les dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3 de ce même code. Par suite, la carte de résident dont il était titulaire était renouvelable de plein droit. Il en résulte que, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la violation de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
10. Les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
12. Eu égard au motif retenu pour la suspension de l'exécution de la décision en litige, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de renouveler provisoirement à M. A la carte de résident prévue par les dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
13. M. A a été admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Saligari, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Saligari de la somme de 1 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 8 février 2024 par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui renouveler sa carte de résident est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de renouveler à M. A sa carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Saligari, son conseil, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Saligari une somme de 1500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet de police et à Me Saligari.
Fait à Paris, le 25 avril 2024.
Le juge des référés,
L. GROS
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.