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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2409092

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2409092

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2409092
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET DESCOT, SUZANNE, WOLOCH (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 12 décembre 2023, enregistrée au greffe du tribunal le 9 avril 2024, le juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Paris a sursis à statuer sur la demande formée par M. A B jusqu'à ce que la juridiction administrative se soit définitivement prononcée sur la question préjudicielle de l'appartenance au domaine public de l'immeuble situé 16, avenue de la Porte de Saint-Ouen à Paris (75018), au sein duquel se trouvent les locaux loués par l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) à M. B.

Par un mémoire, enregistré le 6 juin 2024, M. B, représenté par Me Gentilhomme, demande au tribunal :

1°) de juger que l'immeuble situé 16, avenue de la Porte de Saint-Ouen à Paris (75018), au sein duquel se trouvent les locaux que lui loue l'AP-HP, appartient à son domaine privé ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le local relevait initialement du domaine public de l'établissement, lorsque l'Assistance publique a acquis ce terrain en 1929 il relevait du domaine privé dès lors qu'il a été déclassé par la loi du 19 avril 1919, l'acte d'échange de 1929 entre la Ville de Paris et l'Assistance publique indique qu'une superficie de deux cent dix mètres carrés est destinée à un usage non hospitalier, en particulier l'installation de boutiques ;

- la circonstance que le local se situe dans l'enceinte de l'hôpital n'en fait pas une dépendance du domaine public au titre de la théorie de la domanialité publique globale ou accessoire.

Par un mémoire, enregistré le 12 juin 2024, l'AP-HP, représentée par Me Derrouiche, demande au tribunal :

1°) de juger que l'immeuble en cause appartient à son domaine public ;

2°) de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le local en cause appartient au domaine public de l'APHP, le bâtiment est à l'origine affecté dans son intégralité au service public hospitalier et aménagé spécialement à cet effet ;

- la circonstance que le local se situe dans l'enceinte de l'hôpital en fait une dépendance du domaine public tant en sa qualité d'accessoire du domaine public qu'au titre de la théorie du domaine public global.

Par une lettre du 7 mai 2024, les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience qui pourrait avoir lieu le 27 juin 2024 et que l'instruction pourrait être close à partir du 7 juin 2024 sans information préalable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure civile ;

- la loi du 20 avril 1919 relative au déclassement de l'enceinte fortifiée de Paris, à l'annexion de la zone militaire et au desserrement du casernement et portant approbation des conventions intervenues à cet effet entre l'Etat et la Ville de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blusseau, premier conseiller,

- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,

- les observations de Me Gien, avocat de l'AP-HP.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte notarié du 14 août 1981, l'Assistance publique a donné à la société Planas Courtal des locaux commerciaux dépendants d'un immeuble sis 16, avenue de la Porte de Saint Ouen à Paris (75018), pour y exercer une activité commerciale. Par acte notarié du 28 juillet 1986, cette société a cédé son fonds de commerce à M. A B. Ce bail a été renouvelé jusqu'à ce que par acte d'huissier du 12 juillet 2021, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) signifie à M. B un refus de renouvellement sans offre d'indemnité d'éviction au motif de l'illégalité du bail commercial conclu sur le domaine public. Par acte d'huissier du 8 octobre 2021, M. B a assigné l'AP-HP devant le tribunal judiciaire de Paris aux fins de voir ordonner la nullité de l'acte de refus de renouvellement du bail notifié le 12 juillet 2021 et le renouvellement d'un bail commercial, et de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 57 000 euros au titre de dommages et intérêts.

2. Par une ordonnance du 12 décembre 2023, le juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Paris a jugé qu'il existe une difficulté sérieuse relevant de la compétence du tribunal administratif de Paris pour déterminer si l'immeuble situé 16, avenue de la Porte de Saint-Ouen à Paris (75018), au sein duquel se trouvent les locaux loués par l'AP-HP à M. B, appartient à son domaine public ou au domaine privé puis a sursis à statuer dans l'attente d'une réponse définitive de la juridiction administrative.

Sur la question préjudicielle :

3. Aux termes de l'article 49 du code de procédure civile : " () Lorsque la solution d'un litige dépend d'une question soulevant une difficulté sérieuse et relevant de la compétence de la juridiction administrative, la juridiction judiciaire initialement saisie la transmet à la juridiction administrative compétente en application du titre Ier du livre III du code de justice administrative. Elle sursoit à statuer jusqu'à la décision sur la question préjudicielle. " Aux termes de l'article R. 811-1 du code de justice administrative : " () Le tribunal administratif statue également en premier et dernier ressort sur les recours sur renvoi de l'autorité judiciaire et sur les saisines de l'autorité judiciaire en application de l'article 49 du code de procédure civile. "

4. En premier lieu, avant l'entrée en vigueur, le 1er juillet 2006, du code général de la propriété des personnes publiques, l'appartenance d'un bien au domaine public était, sauf si ce bien était directement affecté à l'usage du public, subordonnée à la double condition que le bien ait été affecté au service public et spécialement aménagé en vue du service public auquel il était destiné.

5. Aux termes de l'article 1er de la loi du 20 avril 1919 susvisée : " Est autorisé le déclassement de l'enceinte fortifiée de la ville de Paris () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le terrain en cause servait de terrain d'assiette à d'anciennes fortifications de la Ville de Paris qui ont été déclassées en 1919 et que ce terrain, qui ne faisait ainsi plus partie du domaine public, a été échangé entre la Ville de Paris et l'Assistance publique par un acte d'échange du 29 mars 1929 indiquant qu'une surface de 210 m² est réservée " à un usage non hospitalier (installation de boutiques) ". Il ressort également des pièces du dossier que le local en cause comporte une boutique d'une surface de 19m², un sous-sol et un logement de 19 m² et qu'à partir de 1981 une activité commerciale y a été exercée par la société Planas Courtal puis par M. B. L'AP-HP ne conteste pas que le terrain en litige fait partie de la surface de 210 m² et elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'antérieurement au bail commercial de 1981, le local en cause était affecté au service public hospitalier et spécialement aménagé à cet effet. Dans ces conditions, l'immeuble n'est ni affecté au service public, ni spécialement aménagé à cet effet.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'immeuble en litige ne présente aucun lien fonctionnel avec le service public hospitalier. En outre, il ressort des pièces du dossier que le local en cause se situe en bordure extérieure de l'hôpital, que son entrée s'effectue directement et principalement par l'avenue de Saint-Ouen et que le commerce n'a pas d'obligation de fournir des prestations à l'hôpital ou à ses usagers. Dans ces conditions, l'immeuble n'est pas l'accessoire du domaine public hospitalier et il ne forme pas davantage avec ce domaine un ensemble.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de déclarer, en réponse à la question préjudicielle posée par le tribunal judiciaire de Paris, que l'immeuble en cause appartient au domaine privé de l'AP-HP.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP le versement à M. B d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par l'AP-HP et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'immeuble situé 16, avenue de la Porte de Saint-Ouen à Paris (75018), au sein duquel se trouvent les locaux loués par l'AP-HP à M. B appartiennent au domaine privé de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris.

Article 2 : L'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris versera à M. B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au président du tribunal judiciaire de Paris, à M. A B et à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Seulin, présidente,

M. Arnaud Blusseau, premier conseiller,

Mme Paule Desmoulière, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le rapporteur,

A. Blusseau

La présidente,

A. Seulin

La greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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