mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2409253 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | ROSIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, Mme C B, représentée par Me Rosin, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite née le 14 octobre 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté sa première demande de titre de séjour ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, à titre provisoire, une carte de résident valable dix ans dans un délai de quinze jours sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation administrative et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans le même délai et sous les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ou, à défaut, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est établie dès lors que la décision attaquée la place dans une situation de précarité administrative l'empêchant notamment de séjourner régulièrement aux côtés de son enfant réfugié et de subvenir à leurs besoins par l'exercice d'une activité professionnelle ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et méconnaît les articles L. 424-1 et L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2409251 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Sorin pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Agricole, greffière d'audience :
- le rapport de M. Sorin, juge des référés,
- les observations de Me Rosin, représentant Mme B, qui persiste dans ses conclusions initiales par les mêmes moyens, et les observations de Me Doucet, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante guinéenne, née le 2 août 1999, est entrée en France au cours de l'année 2023. Par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) en date du 26 mai 2023, sa fille A, née le 8 septembre 2022, s'est vue reconnaître le bénéfice du statut de réfugiée. Le 14 juin 2023, Mme B dépose auprès du préfet de police une demande de première délivrance de titre de séjour, laquelle a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 14 octobre 2023. Elle demande par la présente requête la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. " Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions en suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.
5. La décision attaquée, refusant à Mme B la délivrance d'un titre de séjour, la place dans une situation de précarité administrative l'empêchant de séjourner régulièrement avec sa fille à qui la qualité de réfugiée a été reconnue et de pourvoir à leurs besoins par l'exercice d'une activité professionnelle. Il y a par suite lieu, dans les circonstances de l'espèce, de regarder la condition d'urgence comme remplie, quand bien même il a été délivré à l'intéressée une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour le 29 avril 2024 valable jusqu'au 28 juillet 2024, dès lors que cette attestation n'autorise pas l'intéressée à travailler ni à bénéficier de droits sociaux.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. " Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. "
7. Il ressort des pièces du dossier que, par son silence gardé, le préfet de police a implicitement rejeté la demande délivrance du titre de séjour de Mme B par une décision née le 14 octobre 2023, alors même qu'il est constant que la fille de Mme B, âgée d'un an au moment de la décision attaquée, a été admise au bénéfice du statut de réfugiée par l'OFPRA par une décision du 26 mai 2023. Par suite, il y a lieu de regarder le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme étant propre, dans les circonstances de l'espèce et en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. "
9. Sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de police de délivrer à Mme B, à titre provisoire, une carte de résident au regard de son statut de parent d'enfant réfugié, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Ainsi qu'il a été dit, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rosin, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rosin de la somme de 750 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B, par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 750 euros sera versée à Mme B.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision née le 14 octobre 2023 par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de Mme B en qualité de parent d'enfant réfugié est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B, à titre provisoire, une carte de résident au regard de son statut de parent d'enfant réfugié, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Rosin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Rosin, avocat de Mme B, une somme de 750 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 750 euros sera versée à Mme B.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à Me Rosin et au préfet de police.
Fait à Paris, le 7 mai 2024.
Le juge des référés,
J. SORIN
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2409253/