jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2409260 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | VI VAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Maëlle Vi Van, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ou une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 s'il est définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou dans le cas contraire, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à lui verser directement.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie en ce que la décision attaquée a pour conséquence de la placer en situation de précarité dès lors qu'elle ne peut plus bénéficier d'aides sociales ; elle peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'elle est en situation irrégulière sur le territoire français alors que la qualité de réfugiée lui a été reconnue.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 424-1, L.424-2, L. 424-4 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par une décision du directeur général de l'OFPRA ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses fils ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 23 avril 2024, le préfet de police conclut à titre principal au rejet de la requête pour défaut d'urgence et à titre subsidiaire au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête en faisant valoir que Mme B a été mise en possession d'une attestation de prolongation d'instruction le 23 avril 2024 valable jusqu'au 22 juillet 2024, qu'elle ne peut être éloignée du territoire eu égard à son statut de réfugié et qu'elle ne justifie pas de la réalité de la suspension du versement de ses prestations sociales.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2409264 enregistrée le 18 avril 2024 par laquelle Mme A B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Gros, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 24 avril 2024 à 10h en présence de
Mme Focosi, greffière d'audience, M. Gros a lu son rapport.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante afghane, née le 4 avril 1995 à Kaboul (Afghanistan), a été admise au statut de réfugiée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 14 septembre 2023. Elle a sollicité la délivrance d'une carte de résident le 25 septembre 2023 et s'est vue remettre une attestation de prolongation d'instruction de demande de titre de séjour expirant le 24 mars 2024. La requérante fait valoir que le silence gardé par le préfet de police sur cette demande pendant plus de quatre mois a fait naître une décision implicite de refus de délivrance de carte de résident le 25 janvier 2024. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 25 janvier 2024 par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire est demandée sans forme () au président de la juridiction saisie ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
4. Si le préfet de police soutient que Mme B a été mise en possession d'une attestation de prolongation d'instruction le 23 avril 2024 valable jusqu'au 22 juillet 2024, cette circonstance est sans incidence sur la naissance le 25 janvier 2024 d'une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour du 25 septembre 2023 en application des articles
R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que cette prolongation de l'instruction, d'ailleurs postérieure à la naissance de la décision implicite de rejet, ne constitue pas une décision statuant sur la demande. Cette mesure n'a donc pas pour effet de priver d'objet la requête formée par l'intéressée à l'encontre de la décision attaquée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
7. Il ressort des pièces du dossier que l'OFPRA a admis la requérante au statut de réfugiée le 14 septembre 2023. Malgré sa sollicitation d'une carte de résident en qualité de réfugiée le 25 septembre 2023, elle ne lui a pas encore été délivrée au jour de la présente ordonnance. Ainsi, la requérante est, malgré son statut de réfugiée, dans une situation de précarité, dès lors que ne pouvant justifier de la régularité de son séjour, les prestations qui lui sont accordées par la caisse aux allocations familiales sont suspendues. En outre, eu égard à la durée anormalement longue de maintien de la requérante sous le régime précaire de la prolongation d'instruction de demande de titre de séjour, l'intéressée doit être regardée comme justifiant, dans les circonstances particulières de l'espèce, de la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
8. Aux termes des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. " Aux termes des dispositions de l'article R. 424-1 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile () ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui a été reconnu réfugié bénéficie de plein droit d'une carte de résident, qui doit lui être délivrée dans un délai de trois mois.
9. Il ressort des pièces du dossier que la requérante dont la qualité de réfugiée a été reconnue par l'OFPRA le 14 septembre 2023 a demandé à se voir délivrer une carte de résident le 25 septembre 2023. Le préfet de police ne fait état d'aucun motif de nature à faire obstacle à la délivrance de ce titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de police a méconnu les dispositions citées au point 8 ci-dessus en rejetant implicitement la demande présentée par Mme B apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.
10. Les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
12. Eu égard au motif retenu pour la suspension de l'exécution de la décision en litige, il y a lieu d'enjoindre d'office au préfet de police, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer provisoirement à Mme B la carte de résident prévue par les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
13. Mme B a été admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Vi Van, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Vi Van de la somme de 1 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à
Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 25 janvier 2024 par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B sa carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Vi Van, son conseil, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Vi Van une somme de 1500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au préfet de police et à Me Vi Van.
Fait à Paris, le 25 avril 2024.
Le juge des référés,
L. GROS
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.