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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2409472

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2409472

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2409472
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET ACCENS AVOCATS CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 avril et 19 septembre 2024, l'association Chemins d'Espérance, représentée par la SELARL Accens Avocats, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 18 février 2024 du silence gardé par la maire de Paris sur son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 28 novembre 2023 en tant que cette dernière n'a prononcé l'admission à l'aide sociale de Mme A qu'à compter du 1er avril 2023 et pas du 8 janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre à la ville de Paris d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide sociale départementale ou à défaut de l'aide sociale à l'hébergement, dans les deux cas à compter du 8 janvier 2020 et jusqu'au 10 décembre 2023 dans un délai de quinze jours à compter de la mise à disposition du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la ville de Paris de lui verser la somme de 92 280,77 euros dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- l'admission au bénéfice de l'aide sociale aurait dû être accordée en application de l'article R. 131-2 du code de l'action sociale et des familles à compter du 8 janvier 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête n'est pas recevable dès lors que la requérante n'est pas partie à la succession et ne dispose donc pas d'une qualité lui conférant un intérêt pour agir ;

- aucun de ses moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Rezard pour exercer les fonctions prévues par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rezard,

- et les observations de Me Naitali, représentant l'association requérante.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 28 novembre 2023, la maire de Paris a admis Mme C A au bénéfice de l'aide sociale avec effet rétroactif au 1er avril 2023. L'association Chemins d'Espérance, établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) où l'intéressée était prise en charge depuis le 8 janvier 2020 à son décès, le 11 décembre 2023, a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision le 15 décembre 2023, notifié le 18. Une décision implicite de rejet est née le 18 février 2024 du silence gardé par la maire de Paris sur ce recours. L'association Chemins d'Espérance doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision, qui s'est substituée à celle du 28 novembre 2023.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le contentieux relevant du présent chapitre comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental () en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code. ". Aux termes de l'article L. 134-2 du même code : " Les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées à l'article L. 134-1 sont précédés d'un recours administratif préalable () / Les recours peuvent être formés par le demandeur, () l'établissement ou le service qui fournit les prestations () ou par tout habitant ou contribuable de la commune () ayant un intérêt direct à la réformation de la décision () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que l'établissement médico-social dans lequel est ou a été pris en charge une personne âgée est en droit de former un recours administratif préalable obligatoire contre la décision du président du conseil départemental ayant refusé l'admission de cette personne à l'aide sociale, que ce soit en totalité ou sur une partie de la période de prise en charge, puis d'introduire un recours contentieux contre la décision rejetant ce recours administratif. La circonstance que la personne prise en charge soit décédée avant l'introduction du recours administratif préalable obligatoire est sans incidence à cet égard. La fin de non-recevoir tirée du défaut de capacité pour agir opposée par la ville de Paris doit dès lors être écartée. Cette dernière ne saurait, en tout état de cause, pas davantage se prévaloir des dispositions de l'article 792 du code civil dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les héritiers de C A n'auraient accepté sa succession qu'à concurrence de l'actif net.

Sur les droits à aide sociale :

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale ou de logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

5. D'une part, aux termes de l'article R. 131-2 du code de l'action sociale et des familles : " () les demandes tendant à obtenir le bénéfice de l'aide sociale () prennent effet au premier jour de la quinzaine suivant la date à laquelle elles ont été présentées. / Toutefois, pour la prise en charge des frais d'hébergement des personnes accueillies dans un établissement social ou médico-social, habilité à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale (), la décision d'attribution de l'aide sociale peut prendre effet à compter du jour d'entrée dans l'établissement si la demande a été déposée dans les deux mois qui suivent ce jour () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / Le délai () au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée rejetée est suspendu pendant le délai imparti pour produire les pièces et informations requises () / La liste des pièces et informations manquantes, le délai fixé pour leur production et la mention des dispositions prévues, selon les cas, au deuxième ou au troisième alinéa du présent article figurent dans l'accusé de réception prévu à l'article L. 112-3 () ".

7. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la circonstance qu'un dossier ne puisse être regardé comme complet à la date de son dépôt ne fait pas obstacle à ce que, une fois complété par le demandeur, la personne concernée soit admise au bénéfice de l'aide sociale avec une date de prise d'effet intervenant rétroactivement à la date de la prise en charge de celle-ci pourvu que la demande ait été présentée dans un délai de deux mois suivant le début de cette prise en charge. Une telle circonstance est en revanche susceptible de justifier le rejet de la demande si l'autorité administrative a informé le demandeur de l'incomplétude de son dossier et lui a communiqué, sur l'accusé de réception de la demande ou par courrier, la liste des pièces et informations manquantes, le délai fixé pour leur production et la mention des dispositions applicables de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, mais que celui-ci s'est abstenu de les produire avant l'expiration de ce délai.

8. Il est constant que Mme A a présenté une demande d'admission au bénéfice de l'aide sociale le 18 novembre 2019, antérieurement au début de sa prise en charge, le 8 janvier 2020, au sein de l'EHPAD administré par l'association Chemins d'Espérance. Si par un courrier du 19 novembre 2021, la maire de Paris l'a informée de l'incomplétude de son dossier et l'a invitée à le compléter en lui communiquant la liste des pièces manquantes, sans d'ailleurs mentionner les dispositions applicables de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, elle n'a pas imparti à l'intéressée de délai pour y procéder. Dès lors, c'est à tort que par courriel du 6 janvier 2023 elle a indiqué à son tuteur que, " l'incomplétude datant de plus d'un an ", il n'était plus possible à ce dernier de compléter sa demande et qu'une " nouvelle demande complète " devait être déposée. Il suit de là que les éléments complémentaires communiqués par le tuteur de Mme A le 6 février 2023 ayant permis à la ville de Paris d'admettre l'intéressée le 28 novembre 2023 au bénéfice de l'aide sociale ne doivent pas être regardée comme constituant une nouvelle demande, distincte de la précédente, mais comme une régularisation de la demande initiale. Celle-ci ayant été déposée de manière anticipée par rapport au début de la prise en charge de l'intéressée au sein de l'EHPAD de l'association requérante, et par conséquent dans le délai de deux mois prévu par les dispositions précitées de l'article R. 131-2 du code de l'action sociale et des familles, l'association Chemins d'Espérance est fondée à soutenir que l'admission au bénéfice de l'aide sociale de Mme A aurait donc dû avoir pour date de prise d'effet la date du début de cette prise en charge, c'est-à-dire le 8 janvier 2020.

9. Il résulte de ce qui précède que l'association requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée de la maire de Paris du 18 février 2024 en tant qu'elle fixe au 1er avril 2023 et non au 8 janvier 2020 la date de prise d'effet de l'admission à l'aide sociale.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement implique nécessairement que la ville de Paris admette C A au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement avec une date de prise d'effet fixée rétroactivement au 8 janvier 2020 et procède, sur cette base, au calcul de la somme devant être versée en conséquence à ce titre à l'association requérante. Il y a lieu d'enjoindre à la ville de Paris d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la ville de Paris le versement d'une somme de 1 500 euros à l'association Chemins d'Espérance, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la maire de Paris du 18 février 2024 est annulée en tant qu'elle fixe au 1er avril 2023 et non au 8 janvier 2020 la date de prise d'effet de l'admission à l'aide sociale de C A.

Article 2 : Il est enjoint à la ville de Paris d'admettre C A au bénéfice de l'aide sociale avec une date de prise d'effet au 8 janvier 2020 et procède, sur cette base, au calcul de la somme devant être versée à ce titre à l'association requérante dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du jugement.

Article 3 : Il est mis à la charge de la ville de Paris une somme de 1 500 euros à verser à l'association Chemins d'Espérance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association Chemins d'Espérance et à la ville de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

A. Rezard

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2409472/6-1

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