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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2409524

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2409524

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2409524
TypeOrdonnance
Avocat requérantSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 avril 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 22 avril 2024, M. B A, représenté par Me Simon, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures ;

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de la mise à exécution de l'arrêté du 18 septembre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de réexaminer sa situation sans délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Simon, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- sa requête est recevable car il justifie de changements importants dans les circonstances de droit et de fait dès lors qu'il a été placé en rétention le 26 mars 2024 et qu'un éloignement vers la Côte d'Ivoire était prévu le 15 avril 2024 ;

- l'urgence est avérée dès lors qu'il fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, qu'il est actuellement retenu en centre de rétention administrative et qu'il peut être éloigné à tout moment vers son pays d'origine, sans en être informé préalablement, alors même qu'il bénéficie de la protection subsidiaire en Italie et qu'il justifie d'un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Côte d'Ivoire ;

- la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de ne pas être refoulé du territoire français et à son droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant garantis par les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il bénéficie depuis 2016 de la protection subsidiaire en Italie.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Evgénas pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue, le 24 avril 2024, en présence de Mme Boudina, greffière d'audience, Mme Evgénas a lu son rapport et entendu les observations de Me Simon pour M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction étant prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 20 juillet 1998, a fait l'objet d'un arrêté du 18 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de douze mois. M. A a été placé en rétention pour l'exécution de cette mesure par un arrêté du 26 mars 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis et est actuellement retenu au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes. Par la présente requête, il demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de la mise à exécution de l'arrêté du 18 septembre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. Eu égard à son office, qui consiste à assurer la sauvegarde des libertés fondamentales, il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative, de prendre, en cas d'urgence, toutes les mesures qui sont de nature à remédier à bref délai aux effets résultant d'une atteinte grave et manifestement illégale portée, par une autorité administrative, à une liberté fondamentale. La procédure spéciale, décrite aux articles L. 614-4 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de contestation d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative, dont elle est par suite exclusive. Il en va toutefois autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

5. M. A, demande désormais au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet en faisant valoir qu'il bénéficie de la protection subsidiaire accordée par l'Italie comme l'atteste le permis de séjour italien qu'il verse au dossier valable jusqu'au 19 août 2025.

6. Même si le requérant n'a pas contesté l'obligation de quitter le territoire français notifiée le 18 septembre 2023, il reste recevable à présenter un référé liberté à l'encontre de son exécution.

7. Par ailleurs, M. A étant placé en rétention et ayant déjà fait l'objet d'une tentative d'embarquement vers la Cote d'Ivoire, le 15 avril 2024, ce qui n'est pas contesté par le préfet de la Seine-Saint-Denis, la condition d'urgence particulière requise par l'article L.521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est remplie alors que le requérant risque d'être éloigné à tout moment vers un pays où il encourt des risques pour sa sécurité.

8. Enfin, M. A fait valoir qu'il a obtenu la protection subsidiaire en l'Italie comme l'atteste le permis de séjour italien qu'il verse au dossier valable jusqu'au 19 août 2025 en raison des risques pour sa sécurité qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine, éléments qui n'ont pas été contestés par le préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense. Toutefois, ce moyen est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français sans délai et l'interdiction de retour qui lui ont été notifiées dès lors que ces décisions ne portent pas, par elles-mêmes, retour vers la Cote d'Ivoire. Ainsi, en prenant ces décisions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit du requérant de ne pas subir un traitement prohibé par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Toutefois, M. A bénéficiant de la protection subsidiaire accordée par l'Italie, la décision fixant le pays de destination en tant qu'elle prévoit qu'il sera éloigné " hors espace Schengen, à destination du pays dont il a la nationalité " porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de ne pas subir un traitement prohibé par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'article 2 de l'arrêté du 18 septembre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis fixant le pays de destination en tant qu'il prévoit qu'il " sera éloigné hors espace Schengen, à destination du pays dont il a la nationalité ".

Sur les conclusions en injonction :

11. La présente décision implique nécessairement d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sans délai la situation de M. A.

Sur les frais liés au litige :

12. M. A a été admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve du renoncement de Me Simon, son avocat, à percevoir les sommes correspondantes à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État, le versement de la somme de 1 000 euros. Si l'aide juridictionnelle n'était pas accordée à M. A la somme de 1 000 euros lui sera directement versée en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de l'article 2 de l'arrêté du 18 septembre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis fixant le pays de destination en tant qu'il prévoit qu'il " sera éloigné hors espace Schengen, à destination du pays dont il a la nationalité " est suspendu.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder sans délai au réexamen de la situation de M. A.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Simon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Simon, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 1 000 euros sera versée à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Simon et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 24 avril 2024.

La juge des référés,

J. EVGENAS

La République mande et ordonne au ministre et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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