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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2409596

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2409596

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2409596
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantROSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2024, M. B A, représenté par Me Rosin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme 1 500 euros à vers à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté était incompétent ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- en indiquant que sa compagne était en situation irrégulière, le préfet a commis une erreur de fait ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public ;

- le préfet a méconnu les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la mesure d'éloignement est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour.

- le préfet a méconnu l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de délai de part volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2024, le préfet de police représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête en soutenant à titre principal que les conclusions de M. A sont tardives et à titre subsidiaire que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 février 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Rebellato, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 27 septembre 1984 allègue être entré en France le 2 juillet 2017. Le 18 juillet 2022, il a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant réfugié sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 6 octobre 2023, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure ". Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ". Il résulte de ces dispositions que la notification par voie postale d'une obligation de quitter sans délai le territoire français, et non par voie administrative comme le prévoient les dispositions précitées, fait obstacle à ce que le délai de recours contentieux de quarante-huit heures que ces dispositions instituent soit opposable au destinataire.

3. D'autre part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. En l'espèce, il est constant que l'arrêté contesté du 6 octobre 2023 faisant obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai lui a été notifié par voie postale, et non par voie administrative comme le prévoient les dispositions citées au point 2. Par suite, le délai de recours contentieux de quarante-huit heures que celles-ci instituent n'était pas opposable à l'intéressé, ni davantage le délai de trente jours applicable aux mesures d'éloignement assorties d'un délai de départ volontaire. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté précité a été enregistrée au greffe du présent tribunal le 19 avril 2024, soit antérieurement à l'expiration du délai raisonnable. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de la tardiveté de la requête, doit être écartée.

Sur les autres conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. " Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : [] 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. "

6. Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

7. Il ressort des pièces du dossier que si, à la date de la décision attaquée, M. A avait fait l'objet de deux condamnations pénales le 27 décembre 2021 pour conduite d'un véhicule sans permis sous l'empire d'un état alcoolique les 2 octobre 2021 et 16 mars 2022, ces condamnations, prononcées pour ces deux délits routiers n'ont donné lieu, respectivement, qu'à une amende de 400 euros et à une peine d'emprisonnement de quatre mois avec sursis et aucun des faits reprochés n'ayant par ailleurs porté atteinte aux personnes. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant a reconnu les faits et qu'il a arrêté de boire depuis mars 2022 comme en attestent l'attestation de son épouse et un rapport social sur sa situation. Enfin, M. A réside en France avec sa compagne titulaire d'un titre de séjour en qualité de parent de réfugié, qu'ils ont 6 enfants et résident avec leurs quatre enfants nés les 8 avril 2011, 10 mars 2020, 1er novembre 2021 et 13 mars 2024. Dans ces conditions, ces délits ne sont pas, dans les circonstances de l'espèce, de nature à caractériser, à eux seuls, une menace actuelle à l'ordre public susceptible de justifier un refus de titre de séjour. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour au seul motif que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, et à demander, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de sa requête, son annulation.

8. Il résulte de ce qui précède et, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le refus de séjour opposé à M. A doit être annulé, de même que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

9. Le présent jugement, eu égard à ses motifs, implique nécessairement que le préfet de police, ou le préfet territorialement compétent, délivre à M. A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il lui sera enjoint de lui délivrer un tel titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de le munir, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Rosin, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rosin de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté attaqué du 6 octobre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de le munir, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rosin une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rosin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Rosin, et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

Le président,

L. GROS

La greffière,

C. CHAKELIAN

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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