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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2409653

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2409653

lundi 20 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2409653
TypeDécision
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantPIFFAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, Mme B, représentée par Me Piffault demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts de Seine l'a obligée à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination vers lequel elle sera éloignée et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Matalon en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. Matalon ;

- Les observations orales de Me Piffault représentant Mme B assistée d'un interprète.

- Le préfet des Hauts de Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour Mme B par Me Piffault a été enregistrée le 16 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B ressortissante népalaise née le 30 juillet 1991 demande l'annulation de l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts de Seine l'a obligée à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination vers lequel elle sera éloignée et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions d'injonction :

2. La requérante ne peut former dans une note en délibéré de conclusions nouvelles d'injonction dès lors qu'elle était en mesure de le faire avant la clôture de l'instruction. Cette partie des conclusions de la requête est donc irrecevable.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ", aux termes de l'article L. 613-2 de ce même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

4. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles il a été pris. Contrairement à ce que Mme B soutient, le préfet des Hauts de Seine n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts de Seine ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de Mme B.

6. La requérante soutient que les pièces produites dans le cadre de la présente instance lui ont été communiquées sans le truchement d'un interprète alors qu'elle ne comprend pas la langue française. Toutefois, en tout état de cause, cette circonstance n'est pas de nature à entacher d'illégalité l'arrêté attaqué. Par conséquent, l'arrêté du 16 avril 2024 ne peut encourir l'annulation en raison de conditions de transmission de pièces produites postérieurement à son édiction.

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Et aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande de protection internationale de Mme B a été définitivement rejetée par une décision du 31 janvier 2020 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, que cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 21 septembre 2022, que sa demande de réexamen a été clôturée le 22 décembre 2023, et qu'un réexamen a été jugé irrecevable le 15 mars 2024. Elle entrait donc dans le champ d'application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En deuxième lieu, si Mme B fait valoir qu'elle vit en concubinage et qu'elle a un enfant à charge, cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué dès lors que rien n'empêche la cellule familiale de se reconstituer à l'étranger et que Mme B n'établit pas être dépourvue de liens dans son pays d'origine où elle a vécu à tout le moins jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Par suite, le préfet des Hauts de Seine n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise.

10. En troisième lieu, si Mme B qu'elle fait l'objet d'un suivi médical en France en raison d'une maladie rénale, les pièces versées au dossier n'établissent pas, en tout état de cause, qu'aucun traitement ne serait disponible dans son pays d'origine et que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, elle ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

12. Si Mme B fait valoir que le préfet des Hauts de Seine ne caractérise nullement un risque de fuite il est constant qu'elle s'est soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et qu'elle a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire. Dans ces circonstances, le préfet des Hauts de Seine a pu, sur ces motifs, regarder comme établi, au regard des 4° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque que l'intéressée se soustraie à l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre et lui refuser un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Eu égard aux circonstances indiquées plus haut, Mme B ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires qui justifieraient que ne soit pas prononcée l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, le préfet des Hauts de Seine a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts de Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mai 2024.

Le magistrat désigné,La greffière

D. MATALONL. POULAIN

La République mande et ordonne au préfet des Hauts de Seine en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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