jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2409825 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 et 25 avril 2024, M. B A, représenté par Me de Seze, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 21 mars 2024 par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à compter de la date de sa demande d'asile, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- il y a urgence, dès lors, d'une part, qu'il est sans ressource et que s'il bénéficiait d'un hébergement précaire, il passe régulièrement des nuits à la rue, d'autre part, qu'il a indiqué dans son recours administratif accepter son orientation en région et qu'il est dans une situation de vulnérabilité importante.
Sur le doute sérieux :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle a méconnu l'article L.551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute d'avoir été informé qu'en cas de refus de son orientation en région, il pouvait se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
- elle est entachée d'une erreur de droit faute d'avoir pris en compte son état de vulnérabilité ;
- elle est entachée de vices de procédure, en raison de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité, en méconnaissance de l'article L522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'illégalité du questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu par l'arrêté ministériel du
23 octobre 2015 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait au regard de l'article L551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle a été prise au motif qu'il aurait refusé la proposition d'orientation de l'OFII alors que dans son recours administratif préalable il a indiqué accepter ladite proposition
Vu :
- les autres pièces du dossier.
- la requête enregistrée sous le numéro 2409827 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Vidal, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan, né le 15 janvier 2001, a sollicité l'asile le
22 décembre 2023 et a été placé en procédure dite Dublin. Par une décision du 28 décembre 2023, le directeur territorial de l'OFII à Paris lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, aux motifs qu'il a refusé la proposition d'orientation en région et d'hébergement de l'OFII. Par une décision du 21 mars 2024, le directeur général adjoint de l'OFII a rejeté son recours administratif préalable formé le 19 février 2024. M. A, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette dernière décision.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au requérant, la décision attaquée relève qu'il a refusé le 28 décembre 2023 la proposition d'orientation et d'hébergement de l'OFII en région et qu'il a déclaré vouloir rester en Ile-de-France où il est hébergé par son cousin, ce qui ne constitue pas un motif légitime de refus, qu'il n'est pas isolé en France où il déclare également être hébergé chez un ami et dès lors que le service médical de l'OFII, saisi pour avis, n'a pas relevé de vulnérabilité particulière le concernant.
6. Pour justifier de l'urgence, M. A fait valoir que s'il bénéficiait d'un hébergement précaire, il passe régulièrement ses nuits à la rue, qu'il a indiqué dans le cadre de son recours administratif accepter son orientation et son hébergement en région et qu'il est dans une situation de vulnérabilité importante. Toutefois, en l'espèce, le requérant, qui ne conteste pas avoir initialement refusé la proposition de l'OFII, n'apporte pas de précision et de justifications suffisantes sur ses conditions actuelles d'existence, et ne conteste pas davantage utilement, par les éléments qu'il avance, notamment médicaux, l'avis du médecin de l'OFII selon lequel son état de santé ne revêt pas de caractère d'urgence au regard du certificat médical transmis. Par suite,
M. A ne justifie pas de l'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter sa requête en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me de Seze.
Fait à Paris, le 25 avril 2024.
La juge des référés,
S. VIDAL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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