vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2410379 |
| Type | Décision |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | VAHEDIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 avril 2024, M. A B, représenté par Me Vahedian, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui renouveler sa carte de séjour pluriannuelle ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ", ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, celui-ci renonçant à la part contributive de l'Etat, ou à défaut lui verser directement, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à défaut, au requérant sur le seul fondement de ces dernières dispositions.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle.
La requête a été transmise au préfet de police qui n'a pas produit d'observation.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Weidenfeld,
- et les observations de Me Sangue pour le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant yéménite né le 16 janvier 1996, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ", valable du 2 janvier 2020 jusqu'au 1er janvier 2024. Il en a sollicité le renouvellement le 11 septembre 2023 et s'est vu remettre dans ce cadre des attestations de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte :
2. Aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger ".
3. Il est constant que M. B bénéficie de la protection subsidiaire et, comme il a été dit, s'est d'ailleurs vu attribuer à ce titre une carte de séjour pluriannuelle valable du 2 janvier 2020 jusqu'au 1er janvier 2024. Le préfet de police, qui n'a pas défendu dans la présente instance, ne fait état d'aucune circonstance de nature à faire obstacle au renouvellement de cette carte. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision implicite contestée a été prise en méconnaissance des dispositions précitées et, par suite, à en demander l'annulation.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de procéder au renouvellement de son titre portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ".
5. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, que le préfet de police de Paris délivre à M. B une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "bénéficiaire de la protection subsidiaire". Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2024. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Vahedian, avocate de M. B, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de sa mission d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Vahenian.
D E C I DE :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de délivrer à M. B une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de délivrer à M. B une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " dans le délai de deux mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros (mille euros) à Me Vahedian, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Vahedian renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Vahedian et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
Mme de Schotten, première conseillère,
M. Rezard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La présidente-rapporteure,
K. Weidenfeld
La première assesseure,
K. de Schotten
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
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