mardi 10 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2410493 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET ARIES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, et un mémoire, enregistrés le 25 avril et le 18 juin 2024, la Cité internationale universitaire de Paris (CIUP), représentée par Me Pouillet, demande au juge des référés de prescrire une expertise afin de déterminer les désordres affectant la Maison d'Île-de-France, située sur le site de la CIUP, 17, boulevard Jourdan à Paris dans le 14ème arrondissement, et de déterminer les éléments de nature à y mettre fin. Elle demande au juge des référés de rejeter toutes les conclusions formées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle demande que l'expertise se déroule en présence de :
- la région Île-de-France,
- la société SAERP,
- la société SPIE Batignolles énergie IDF,
- la société SMA courtage,
- l'agence d'architecture Nicolas Michelin et associés,
- la mutuelle des architectes français (MAF),
- la société BET DEERNS,
- la société SICRA IDF,
- la société SMAC,
- la société SMABTP,
- la société bureau Véritas,
- la CEREMA IDF,
- la société SPIE Batignolles maintenance,
- la CPCU,
- la MAIF,
- la société TRIBU,
- la société Batiserf ingénierie,
Elle soutient que :
- une expertise est utile, préalablement à un recours contentieux, afin de déterminer la cause des désordres, de préconiser une solution y mettant un terme définitif et d'établir les responsabilités encourues en statuant sur les imputabilités ;
- la présence de la CPCU est nécessaire afin de déterminer l'origine du sinistre, et notamment de comprendre pourquoi le surplus d'énergie n'a pas pu être évacué malgré la présence d'un échangeur vers le réseau de la CPCU, en chiffrer le préjudice qui en découle en terme de consommation énergétique, et pour que la CPCU participe à la recherche d'une solution technique.
Par un mémoire, enregistré le 17 mai 2024, la MAIF, représentée par Me Le Roy du cabinet Résonances avocats, informe, le juge des référés de ses protestations et réserves d'usage, et demande à ce que l'expert puisse s'adjoindre tout sapiteur de son choix.
Par un mémoire, enregistré le 3 juin 2024, la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), représentée par le cabinet Alchimie avocats, conclut à sa mise hors de cause et demande la mise à la charge de la CIUP d'une somme de de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la CIUP n'indique pas pour quel motif elle l'attrait à la cause alors qu'aucun dysfonctionnement ne concerne la distribution de chaleur, dès lors que le système de cuves devant fonctionner comme une centrale solaire a été mis à l'arrêt à la fin de l'été 2018 ; il n'existe aucun lien entre les désordres invoqués et la prestation délivrée par CPCU alors que le bâtiment est chauffé et pourvu d'eau chaude sanitaire ;
- le décrochage d'éléments du bardage métallique de la façade ne la concerne pas.
Par un mémoire, enregistré le 3 juin 2024, la société agence d'architecture Nicolas Michelin et associés et la société BET DEERNS, représentées par le cabinet d'avocats Coster-Bazelaire et associés, informent le juge des référés de leurs protestations et réserves d'usage quant à la mesure expertise sollicitée, que le présent mémoire vaut interruption des tous délais de prescriptions et de forclusions de ces recours et demandent la condamnation de la CIUP aux dépens.
Par un mémoire, enregistré le 12 juin 2024, la société SMABTP et la SMA SA, représentées par le cabinet Levy-Chevalier Leborgne avocats, demandent la mise hors de cause de la SMABTP attraite à la procédure, en qualité d'assureur de la société SICRA Île-de-France ; de donner acte à la SMA SA de son intervention volontaire, en qualité d'assureur de la société SICRA Île-de-France, et de prendre acte de ses protestations et réserves d'usage.
Elles soutiennent que la société SICRA Île-de-France est assurée par la SMA SA et non par la SMABTP.
Par un mémoire, enregistré le 21 juin 2024, la société SMAC, représentée par le cabinet DFG avocats, informe le juge des référés de ses protestations et réserves d'usage, demande à ce que la mission de l'expert porte uniquement sur les désordres expressément visés dans la requête introductive d'instance, et de mettre les frais de consignation à sa charge.
Elle soutient que, sous-traitante de la société DUMEZ/SICRA, elle ne s'oppose pas à la demande formée par la CIUP de participer aux opérations d'expertise.
Par un mémoire, enregistré le 23 juillet 2024, la société SMA courtage, représentée par le cabinet Levy-Chevalier Leborgne avocats, informe le juge des référés de ses protestations et réserves d'usage.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction / (). "
2. La Cité internationale universitaire de Paris (CIUP) située 17, boulevard Jourdan à Paris dans le 14ème arrondissement, assure l'exploitation de la Maison de l'Île-de-France, édifiée en 2017, qui présente un défaut de fonctionnement de l'installation solaire thermique du bâtiment et un défaut d'accrochage des panneaux de bardage métallique sur les façades du bâtiment. Elle fait valoir que la Maison a été conçue de manière à réduire très fortement les consommations énergétiques et les émissions de gaz à effet de serre, afin d'atteindre les trois principaux objectifs d'un bâtiment zen, que, toutefois, les cuves de stockage sont montées en température tout au long de l'été 2018, et ont dû être mises à l'arrêt, ce qui par conséquent a interrompu le chauffe-eau solaire, et que pour la troisième fois, un panneau de façade s'est décroché. Soutenant que ces désordres entravent le fonctionnement normal de l'équipement et sont de nature à le rendre impropre à sa destination, la CIUP sollicite la désignation d'un expert judiciaire, afin de déterminer leur origine, imputer les responsabilités techniques et indiquer la nature des réparations et leur coût.
3. Les constatations demandées entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.
4. S'il apparaît à un expert qu'il est nécessaire de faire appel au concours d'un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier, il doit préalablement solliciter l'autorisation du président du tribunal administratif. Par suite, les conclusions de la MAIF tendant à ce que le juge des référés autorise l'expert à s'adjoindre un sapiteur ne peuvent qu'être rejetées.
5. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité. Par suite, les conclusions des parties, tendant à ce que le juge des référés enjoigne aux experts de déposer un pré rapport doivent être rejetées.
6. Il résulte de l'instruction que la société SICRA Île-de-France est assurée par la SMA SA et non par la SMABTP. Il y a dès lors lieu de mettre la SMABTP hors de cause.
7. La présence de la CPCU est utile afin de déterminer l'origine du sinistre, de chiffrer le cas échéant le préjudice financier qui en résulte, et pour rechercher une solution technique.
8. Il résulte de ce qui a été dit plus haut qu'il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise de la CIUP et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les frais d'expertise :
9. En vertu de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la ou les parties qui assumeront la charge des frais d'expertise sont désignées par le président du tribunal aux termes de l'ordonnance qui fixera, après le dépôt du rapport, les frais et honoraires de l'expert. De même, en application de l'article R. 621-12 du même code, dans le cas où il serait fait droit à une demande de l'expert tendant au bénéfice d'une allocation provisionnelle, il appartient également au président du tribunal, aux termes de l'ordonnance fixant le montant de cette allocation, de préciser la ou les parties qui devront la verser. Il n'appartient donc pas au juge des référés de déterminer la partie à la charge de laquelle seront mis les frais d'expertise ou, le cas échéant, l'allocation provisionnelle qui pourrait éventuellement être accordée à l'expert. Par suite, les conclusions présentées par la société agence d'architecture Nicolas Michelin et associés, la société BET Deerns, et la société SMAC de mettre les frais d'expertise et de consignation à la charge de la CIUP doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la CIUP, qui n'est pas la partie perdante, une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions formées par la CPCU en ce sens doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B A (C thermique), exerçant 12, rue Diderot à Grigny (91350) est désigné en qualité d'expert.
Il aura pour mission, en présence de :
- la Cité internationale universitaire de Paris,
- la région Île-de-France,
- la société SAERP,
- la société SPIE Batignolles énergie IDF,
- la société SMA courtage,
- l'agence d'architecture Nicolas Michelin et associés,
- la mutuelle des architectes français (MMA),
- la société BET DEERNS,
- la société SICRA IDF,
- la société SMAC,
- la société bureau Véritas,
- la CEREMA IDF,
- la société SPIE Batignolles maintenance,
- la CPCU,
- la MAIF,
- la société TRIBU,
- la société Batiserf ingénierie,
- et la société SMA SA.
1') prendre connaissance des pièces du marché de travaux du centre sportif, convoquer les parties, se rendre sur place à la Maison d'Île-de-France, sur le site de la Cité internationale universitaire de Paris (CIUP) située 17, boulevard Jourdan à Paris dans le 14ème arrondissement, se faire remettre tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission et entendre tout sachant ;
2°) constater et décrire les désordres affectant la Maison d'Île-de-France, l'arrêt de fonctionnement du dispositif de chauffage et d'électricité et le décrochage et la chute des panneaux de façade ; dire pourquoi la technique de stockage et de déchargement des cuves dans le CPCU pour éviter toutes surchauffes dans les panneaux n'a pas fonctionné, et a obligé dès 2018 la mise à l'arrêt du chauffe-eau solaire ;
3°) fournir tous les éléments techniques et de fait permettant de se prononcer sur la ou les causes qui sont à l'origine de ces désordres (et permettant notamment de déterminer si ceux-ci se rattachent à une non-conformité aux stipulations du marché, à un vice de construction ou de conception, à un défaut de surveillance des travaux, à un défaut d'exécution, à un manquement aux règles de l'art, à un défaut de qualité des matériaux mis en œuvre, à une insuffisance d'entretien, à une usure prématurée, à un défaut de maintenance, à d'autres causes) ; en cas de pluralité de causes, de formuler un avis sur le point de savoir dans quelle proportion les désordres peuvent être imputés à telle ou telle cause, en justifiant clairement ses propositions ; en ce qui concerne la chute de trois panneaux de façade du bâtiment, en décrire la cause, si nécessaire procéder par sondage sur d'autres panneaux pour dégager l'origine du problème et proposer une solution ;
4°) donner son avis afin de savoir pour chaque désordre sa nature et son étendue et s'ils sont de nature à mettre chaque ouvrage en péril et le rendre impropre à destination ;
5°) décrire les travaux propres à remédier définitivement aux désordres et à remettre l'ouvrage en état, d'en évaluer le coût et la durée en prenant en compte le caractère évolutif des dommages et leurs conséquences ;
6°) en cas de réel danger et d'urgence constatés, dire s'il convient de mettre en place des mesures de sauvegarde pour éviter l'aggravation des désordres et permettre l'attente des travaux définitifs dans les meilleures conditions techniques possibles ;
7°) d'une manière générale, fournir tous les éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction compétente de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les divers chefs de préjudice ; notamment financiers en ce qui concerne le préjudice de consommation d'énergie ;
8°) s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires, entendre les observations de tous les intéressés et annexer à son rapport tous documents utiles.
Article 2 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 3 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : L'expert, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourra tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal, au plus tard le 2 avril 2025, sous forme électronique par le biais de la plateforme prévue à cet effet, accompagné de l'état de leurs vacations, frais et débours.
Article 6 : L'expert notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 9 de la présente ordonnance, dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.
Article 7 : La société SMABTP est mise hors de cause.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à :
- la Cité internationale universitaire de Paris,
- la région Île-de-France,
- la société SAERP,
- la société SPIE Batignolles énergie IDF,
- la société SMA courtage,
- l'agence d'architecture Nicolas Michelin et associés,
- la mutuelle des architectes français (MMA),
- le BET Deerns,
- la société SICRA IDF,
- la société SMAC,
- la société bureau Véritas,
- la CEREMA IDF,
- la société SPIE Batignolles maintenance,
- la CPCU,
- la MAIF,
- la société TRIBU,
- la société Batiserf ingénierie,
- la société SMA SA
- la SMABTP,
- et à M. B A expert.
Fait à Paris, le 10 septembre 2024,
La juge des référés,
M. Dhiver
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance./11-5