vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2410558 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, M. A B, représenté par Me Grimaldi, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 21 mars 2024 par laquelle la directrice générale de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger a mis fin de manière anticipée à son contrat de personnel enseignant détaché à compter du 1er avril 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger de le réintégrer dans ses fonctions au sein du lycée français Alioune Blondin Beye à Luanda (Angola) dans un délai de 5 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie en ce que la décision attaquée a pour conséquence, d'une part, la privation de ses indemnités alors qu'il doit assumer 2 810,65 euros de charges courantes par mois et, d'autre part, de le contraindre à vivre séparément de son épouse ;
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte dès lors que ce dernier ne justifie pas d'une délégation de signature ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ; les motifs la justifiant sont vagues et stéréotypés dès lors que les manquements reprochés sont imprécis et ne sont pas accompagnés de considérations factuelles ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la composition de la commission consultative paritaire centrale était irrégulière ; les trois quarts de ses membres n'étaient pas présents lors de l'ouverture de la réunion ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; les faits reprochés s'inscrivent dans le cadre de son mandat syndical ; la décision attaquée est disproportionnée et infondée ; il fait l'objet de louanges de la part des parents d'élèves et de l'équipe pédagogique du lycée Alioune Blondin Beye ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure dès lors que la décision vise à l'évincer du service en raison de son mandat syndical.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête aux motifs que les conditions d'urgence et de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ne sont pas remplies. Elle demande également de mettre à la charge de M. B la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2410557 enregistrée le 26 avril 2024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Gros, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 15 mai 2024 à 9h30 en présence de Mme Chakelian, greffière d'audience, M. Gros a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Belahouane, représentant M. B,
- les observations de Me Lefebure, représentant l'AEFE.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Une note en délibéré a été enregistrée le 16 mai 2024 pour l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est détaché sur contrat auprès de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger en sa qualité d'enseignant certifié en histoire et géographie au sein du lycée français Alioune Blondin Beye à Luanda (Angola) depuis le 1er septembre 2016. Son contrat a été renouvelé à compter du 1er septembre 2023 et jusqu'au 31 août 2026. Il a été suspendu à titre conservatoire pour une durée maximale de quatre mois par une décision du 24 janvier 2024. Suite à la réunion de la commission consultative paritaire centrale du 21 mars 2024, lui a été notifié une décision mettant fin de manière anticipée à son contrat de personnel détaché à compter du 1er avril 2024. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 21 mars 2024 par laquelle la directrice générale de l'AEFE a mis fin de manière anticipée à son contrat de personnel détaché.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
3. Aux termes de l'article D. 911-42 du code de l'éducation : " Les articles D. 911-43 à D. 911-52 fixent les modalités relatives à la situation administrative des fonctionnaires relevant du code général de la fonction publique, placés en position de détachement pour servir dans les établissements situés à l'étranger suivants : 1° Etablissements d'enseignement dépendant du ministère des affaires étrangères en application des articles D. 452-1 et suivants relatifs à l'administration et au fonctionnement de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger et du décret n° 79-1016 du 28 novembre 1979 relatif à l'administration et au fonctionnement de l'office universitaire et culturel français pour l'Algérie ; 2° Etablissements ayant passé une convention administrative, financière et pédagogique avec l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger ; () ". Aux termes de l'article D. 911-43 du même code : " I.-Les fonctionnaires mentionnés à l'article D. 911-42 sont détachés sur contrat auprès de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger pour servir à l'étranger et pour occuper, dans les établissements mentionnés au même article D. 911-42, les emplois suivants : 1° Emplois d'encadrement ; 2° Emplois de formation des enseignants du réseau de l'enseignement français à l'étranger ; 3° Emplois d'enseignement, d'éducation et d'administration (). ". Enfin, aux termes de l'article D. 911-52 du même code : " Il peut être mis fin de manière anticipée au contrat d'un agent sur décision du directeur général de l'agence après consultation des commissions consultatives paritaires compétentes de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger. "
4. L'administration qui accueille un fonctionnaire en position de détachement peut, à tout moment, dans l'intérêt du service, remettre celui-ci à la disposition de son corps d'origine en disposant, à cet égard, d'un large pouvoir d'appréciation. Il n'appartient au juge de l'excès de pouvoir de censurer l'appréciation ainsi portée par l'autorité administrative qu'en cas d'erreur manifeste.
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport établi le 17 février 2024 par le proviseur du lycée concernant la manière de servir de M. B dont les faits relatés sont précis et circonstanciés, que ce dernier participe en particulier par un comportement dominateur vis-à-vis de ses collègues nouveaux arrivants, non couvert par son mandat syndical, à un climat nocif au sein de son établissement. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier des tensions générées par le requérant, quand bien même une partie de l'équipe éducative et des parents d'élèves lui auraient conservé sa confiance et indépendamment de ses compétences pédagogiques, le moyen tiré de ce que la directrice générale de l'AEFE a entaché sa décision de mettre fin, dans l'intérêt du service, de façon anticipée à son contrat de personnel détaché d'une erreur manifeste d'appréciation n'apparaît pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
6. Aucun des autres moyens de la requête, tels qu'ils sont visés et analysés plus haut, n'apparaît davantage propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté de la directrice générale de l'AEFE en litige.
7. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté de la directrice générale de l'AEFE du 21 mars 2024 mettant fin de manière anticipée au contrat de personnel détaché de M. B à compter du 1er avril 2024 ne peuvent, par suite qu'être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, qui est d'ailleurs remplie.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. La présente ordonnance de rejet n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'AEFE qui n'est pas, dans la présente instance de référé, partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger. Une copie sera adressée à la ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse.
Fait à Paris, le 17 mai 2024.
Le juge des référés,
L. GROS
La République mande et ordonne au ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2410558