mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2410650 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées le 28 avril 2014 et le 6 mai 2024, M. C A B, représenté par Me Hadj Said, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :
- il est insuffisamment motivée ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 14 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hermann Jager.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 10 novembre 1989, entré en France le 28 novembre 2018, selon ses déclarations, a sollicité, le 19 décembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 28 mars 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A B. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressé, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié : " les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''."
4. Il ressort des pièces du dossier, que si M. A B est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de boucher préparateur, ce contrat mentionne l'exercice de cette activité à temps partiel. Si le requérant soutient qu'il est entré régulièrement en France en 2018 muni d'un visa portant la mention " vie privée et familiale ", il ne l'établit pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
6. M. A B, se prévaut de ce qu'il vit en France depuis 2018, exerce une activité salariée depuis juin 2019 et qu'il est intégré au sein de la société française dès lors qu'il a suivi une formation linguistique et atteste de sa présence à une formation civique dans le cadre d'un contrat d'intégration républicaine en 2019. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il est séparé de sa conjointe et sans charge de famille en France et n'établit pas l'existence de liens particuliers noués sur le territoire français, la circonstance que son oncle y réside et l'héberge ne lui octroie pas un droit de séjour, enfin, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. A B et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens ne peuvent qu'être écartés.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. C A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente-rapporteure,
- M. Martin-Genier, premier conseiller,
- Mme P. Desmoulière, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
V. Hermann Jager
L'assesseur le plus ancien,
P. Martin-GenierLa greffière,
A. Heeralall
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512695
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le requérant, un ressortissant guinéen, contestait notamment la mesure au motif qu'il serait mineur. Le tribunal a jugé qu'il lui appartenait, saisi d'un recours suspensif, de statuer sur l'allégation de minorité avant de se prononcer sur la légalité de l'OQTF, conformément aux articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2528203
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté le recours en excès de pouvoir formé par un ressortissant algérien contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai, assorti d'une interdiction de retour. La juridiction a estimé que la décision était régulière, notamment quant à la compétence de la signataire, la motivation suffisante et l'examen de la situation personnelle du requérant. Elle s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier ses articles L. 611-1 et L. 612-10.
08/04/2026
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Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal estime que l'arrêté, pris par un agent disposant d'une délégation régulière, est légal et suffisamment motivé. Il constate que le préfet a respecté les exigences de vérification du droit au séjour et d'examen de la situation personnelle prévues par les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
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Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant sénégalais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait légalement exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable via l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle a estimé que l'autorité administrative avait dûment pris en compte les éléments de la situation personnelle du requérant, sans méconnaître ses droits.
08/04/2026