mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2410799 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | PIEROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024, M. B A, représenté par Me Pierot, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, ainsi que la décision du même jour par laquelle le préfet de l'Aisne a maintenu l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, prise à son encontre le 13 septembre 2023 ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de a notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Pierot, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article " 75 I " de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elle n'ont pas été précédées d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions, dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, prononcée par l'arrêté du 13 septembre 2023, sont irrecevables pour tardiveté ;
- les autres moyens soulevés par M.A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 14 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 juin 2024.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hermann Jager ;
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant égyptien, né le 13 juillet 1985, entré en France en 2010, selon ses déclarations, a fait l'objet de trois mesures d'éloignement, prises respectivement les 11 janvier 2016, 28 février 2018 et 29 mai 2019, non exécutées. Il a été interpellé, le 6 janvier 2022, lors d'un contrôle routier et a fait l'objet, le 7 janvier 2022, d'un arrêté pris par le préfet de la Meurthe-et-Moselle lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il sera éloigné et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, dont la légalité a été confirmée par jugement n° 2200073 du 11 février 2022, devenu définitif, du tribunal administratif de Nancy. Le 13 septembre 2023, l'intéressé a été interpellé à nouveau lors d'un contrôle d'identité et placé en retenue aux fins de vérifications de son droit de circulation ou de séjour sur le territoire français. Par un arrêté pris le même jour, le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, mesure non exécutée. M. A avait, par ailleurs, sollicité, le 9 novembre 2023, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par arrêté du 26 janvier 2024, le même préfet a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par un autre arrêté, édicté le même jour, le préfet de l'Aisne a maintenu la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, prise à son encontre le 13 septembre 2023 et non exécutée. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté du 26 janvier 2024 que le préfet de l'Aisne a confirmé, à M. A, le caractère exécutoire de la décision du 13 septembre 2023 prise à son encontre portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Ce rappel ne constitue ainsi pas une nouvelle décision d'interdiction de retour sur le territoire français, mais une décision confirmative de la mesure devenue définitive du 13 septembre 2023, non exécutée et dont la légalité n'a pas été contestée par M. A devant le juge administratif, insusceptible dès lors de recours devant le juge de l'excès de pouvoir. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir, soulevée par le préfet de l'Aisne doit être accueillie. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-31 du 13 septembre 2023, le préfet de l'Aisne a donné délégation à M. Alain Ngouoto, secrétaire général de la préfecture, sous-préfet de l'arrondissement de Laon, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions des articles
L. 412-1, L. 423-1, L. 432-2 et L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par
M. A et pour l'obliger à quitter le territoire français. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. A, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire qui lui sont opposées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de
M. A avant de refuser de lui accorder un titre de séjour et de l'obliger à quitter le territoire français, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.
6. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
7. Au soutien de ses conclusions, M. A se borne à soutenir qu'il a établi en France le centre de sa vie privée et familiale. S'il justifie être marié avec une ressortissante française depuis le 5 février 2022, il ressort, toutefois, des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 18 septembre 2023, dressé dans le cadre d'une enquête préliminaire, que son épouse déclare avoir été victime de violences physiques et verbales, de relations sexuelles non consenties, qui ont conduit à la rupture de la communauté de vie entre les époux. L'intéressé a, par la suite, été placé en garde à vue le 3 octobre 2023 pour les faits susvisés. De plus, nonobstant la circonstance que les suites de la procédure pénale ne sont pas communiquées en défense, les éléments versés au dossier établissent suffisamment la cessation de la vie commune entre les époux. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que M. A, sans enfants et séparé de son épouse, ne justifie pas de liens personnels et familiaux, anciens, intenses et stables en France ou d'une intégration particulière sur le territoire français où il s'est maintenu irrégulièrement depuis plusieurs années, en dépit de plusieurs mesures d'éloignement. Au demeurant, l'intéressé n'est pas dénué d'attaches familiales en Egypte où résident ses cinq frères et sœur, selon ses déclarations. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le préfet de l'Aisne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de M. A.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 7, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
10. La seule circonstance que M. A a quitté son pays d'origine en 2010 n'est pas de nature à établir l'existence d'un risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour d'autant plus que l'intéressé n'expose pas la nature de ses craintes et ne présente à l'appui de ses dires aucun élément permettant de les étayer. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles, présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 75 I de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Aisne et à Me Pierot.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure ;
- M. Martin-Genier, premier conseiller ;
- Mme Desmoulière , conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
V. Hermann Jager
L'assesseur le plus ancien,
P. Martin-Genier La greffière,
A. Heeralall
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512695
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le requérant, un ressortissant guinéen, contestait notamment la mesure au motif qu'il serait mineur. Le tribunal a jugé qu'il lui appartenait, saisi d'un recours suspensif, de statuer sur l'allégation de minorité avant de se prononcer sur la légalité de l'OQTF, conformément aux articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2528203
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté le recours en excès de pouvoir formé par un ressortissant algérien contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai, assorti d'une interdiction de retour. La juridiction a estimé que la décision était régulière, notamment quant à la compétence de la signataire, la motivation suffisante et l'examen de la situation personnelle du requérant. Elle s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier ses articles L. 611-1 et L. 612-10.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600391
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal estime que l'arrêté, pris par un agent disposant d'une délégation régulière, est légal et suffisamment motivé. Il constate que le préfet a respecté les exigences de vérification du droit au séjour et d'examen de la situation personnelle prévues par les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2526589
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant sénégalais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait légalement exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable via l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle a estimé que l'autorité administrative avait dûment pris en compte les éléments de la situation personnelle du requérant, sans méconnaître ses droits.
08/04/2026