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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2410917

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2410917

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2410917
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantLENDREVIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er mai 2024 et 2 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Lendrevie, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 du préfet du Val-d'Oise portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui renouveler son certificat de résidence mention " étudiant " et, le temps de la fabrication de la carte, de la mettre en possession d'un récépissé ou d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler d'une durée minimum de six mois et ce dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de la mettre durant le réexamen en possession d'un récépissé ou d'une autorisation provisoire de séjour d'une validité de six mois l'autorisant à travailler et ce dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation en fait et en droit ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 31 mai 2024 du bureau d'aide juridictionnel du tribunal judiciaire de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 3 juillet 2024, M. Rohmer a lu son rapport et entendu les observations de Me Lendrevie, avocate de Mme B.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent, ni représenté.

Une note en délibéré a été enregistrée par Mme B le 11 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 16 décembre 1994, est entrée en France le 1er septembre 2021 munie d'un visa pour poursuivre ses études en troisième année de sciences politiques à l'université Paris Nanterre. Elle a été mise en possession d'un certificat de résidence algérien en sa qualité d'étudiante, qui a été renouvelé une fois et dont la validité a pris fin le 31 août 2023. Le 29 juillet 2023, elle a sollicité le renouvellement de sa carte sur le fondement du titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 3 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il n'y a pas lieu d'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire Mme B, dont la demande d'admission à l'aide juridictionnelle totale a été acceptée par le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris par une décision du 31 mai 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 23-064 publié le 22 décembre 2023 au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département le même jour, Mme C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, a reçu délégation du préfet du Val-d'Oise pour signer l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de ce qu'il serait entaché d'un vice d'incompétence doit donc être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision portant refus du titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète et exclusive la situation des étudiants algériens en France. Par suite, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que Mme B, à la date de la décision attaquée, avait redoublé à deux reprises sa troisième année de licence " sciences politiques " à l'université Paris Nanterre et n'avait donc pas validé d'année universitaire depuis la délivrance de son premier titre de séjour le 24 septembre 2021, sans que les problèmes médicaux qu'elle invoque ne puissent expliquer ces échecs. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant qu'à la date de la décision attaquée, elle ne démontrait pas de progression dans son cursus universitaire et de ce fait, n'établissait pas le caractère réel et sérieux de son parcours et de ses études, nonobstant les circonstances qu'elle a bénéficié d'une acceptation de sa demande de maintien dans la formation et qu'elle est soutenue par certains de ses professeurs.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

7. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles toute personne a droit au respect d'une vie familiale normale sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies lors de l'instruction d'une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations au regard du refus de titre de séjour étudiant litigieux doit être écarté comme étant inopérant. Par ailleurs, si l'intéressée soutient qu'elle est intégrée dans la vie universitaire et habite avec son partenaire qui est en situation régulière en France et avec qui elle a conclu un PACS le 3 juin 2024, soit postérieurement à l'arrêté attaqué, le préfet du Val-d'Oise, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées par Mme B, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Lendrevie et au préfet du Val d'Oise.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

B. ROHMER

L'assesseure la plus ancienne,

A. DOUSSET

La greffière,

V. FLUET

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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