mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2410984 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET AUCHE HEDOU, AUCHE - AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 2 mai 2024 et le 17 mai 2024, M. C J, M. B N, M. L G, Mme D E, Mme M F, M. I F, M. I H et M. A K, représentés par la SCP Auché-Hédou, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution des opérations électorales s'étant déroulées le 18 avril 2024 aux fins d'élire le bureau du Conseil national de l'ordre des infirmiers ;
2°) d'enjoindre au conseil national de l'ordre des infirmiers de procéder à de nouvelles élections, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du conseil national de l'ordre des infirmiers une somme de 4 000 euros à leur verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le mandat des personnes élues à l'issue des opérations électorales contestées a déjà commencé et qu'il est ainsi porté atteinte au processus démocratique ainsi qu'à la sécurité juridique des actes du conseil national de l'ordre des infirmiers ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité des opérations électorales en ce que Mme O élue présidente par le nouveau bureau issu des élections n'était pas éligible et que des éléments de propagande électorale révélés la veille du scrutin ont porté atteinte à la sincérité de celui-ci.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 mai 2024 et le 17 mai 2024, le conseil national de l'ordre des infirmiers représenté par Me Smallwood conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants, solidairement, une somme de 10 000 euros à lui verser.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés et qu'il existe un intérêt public à ne pas suspendre les opérations électorales.
Vu :
- la requête no 2410985 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- l'ordonnance n° 2017-192 du 16 février 2017 relative à l'adaptation des dispositions législatives relatives aux ordres des professions de santé ;
- le décret n° 2017-319 du 10 mars 2017 relatif aux élections des membres des conseils de l'ordre des infirmiers et de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes ;
- le décret n° 2017-1418 du 29 septembre 2017 portant adaptation du régime électoral des ordres des professions de santé
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ho Si Fat, président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ho Si Fat ;
- les observations de Me Auché représentant M. C J, M. B N, M. L G, Mme D E, Mme M F, M. I F, M. I H et M. A K ;
- les observations de Me Smallwood, représentant le conseil national de l'ordre des infirmiers.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C J, M. B N, M. L G, Mme D E, Mme M F, M. I F, M. I H et M. A K demandent au juge des référés de suspendre l'exécution des opérations électorales qui se sont tenues le 18 avril 2024 aux fins d'élire le bureau du conseil national de l'ordre des infirmiers et à l'issue desquelles, notamment, Mme O a été élue présidente du conseil national de l'ordre des infirmiers.
Sur la demande de référé :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. En vertu du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, le juge des référés peut ordonner la suspension de l'exécution d'un acte administratif à la condition, notamment, que l'urgence le justifie. Tel est le cas lorsque l'exécution d'un acte porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. D'une part, la nécessité de prévenir les conséquences d'une éventuelle annulation de la décision litigieuse, lesquelles n'ont pas à être prises en compte par le juge des référés dans son appréciation de l'urgence, ne saurait caractériser une situation d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. En outre, la procédure de référé engagée ne peut avoir pour objet que le prononcé de mesures provisoires, par nature insusceptibles de lever cette incertitude. D'autre part, compte tenu tant de la durée du mandat des membres élus au bureau du conseil national de l'ordre des infirmiers que du caractère collégial du conseil national et des compétences respectives du conseil national d'une part et de son bureau d'autre part, telles que fixées par les dispositions de l'article L. 4312-7 du code de la santé publique, l'atteinte au processus démocratique, à la supposer établie, suite à la diffusion la veille du scrutin pour l'élection du bureau du conseil national d'un article de presse mettant en cause la gouvernance de la présidence et du bureau sortants ne saurait caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas satisfaite. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité des opérations électorales, les conclusions de la requête présentées aux fins de suspension et d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du conseil national de l'ordre des infirmiers, qui n'est pas la partie perdante en la présente instance une somme au titre des frais du litige. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants une somme à verser au conseil national de l'ordre des infirmiers au titre des frais du litige.
O R D O N N E
Article 1er : La requête enregistrée sous le n° 2410984 est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du conseil national de l'ordre des infirmiers présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C J, M. B N, M. L G, Mme D E, Mme M F, M. I F, M. I H et M. A K et au conseil national de l'ordre des infirmiers.
Fait à Paris, le 28 mai 2024.
Le juge des référés,
F. Ho Si Fat
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.