mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2410996 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SIMOND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Simond, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 16 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle devait être éloignée, ou subsidiairement d'en suspendre l'exécution jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ait statué sur son recours ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative, combiné au deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme B soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente ;
- il n'a pas été précédé d'un examen individuel de sa situation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles L. 541-1, L. 542-1, L.752-5, L.752-6 et L.752-11 de ce même code dès lors que le recours de la requérante devant la Cour nationale du droit d'asile est pendant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- il méconnait les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 41 de la directive n°2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- et les observations de Me Simmond, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante russe née le 24 février 1949, a fait l'objet le 16 avril 2024 d'un arrêté par lequel le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle devait être éloignée. Par la présente requête, Mme B en demande au tribunal l'annulation.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fins d'annulation de la requête :
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est présente sur le territoire français depuis le 8 mars 2022. La requérante établit être entièrement prise en charge par sa fille, qui réside sur le territoire français depuis le 6 novembre 2000 et est employée au sein de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture depuis cette date. Il ne ressort pas de la décision attaquée, qui ne mentionne ni la durée de présence en France de la requérante ni celle de sa fille, que le préfet de police de Paris ait examiné la situation personnelle de la requérante. Dans ces circonstances, le moyen tiré du défaut d'examen doit être accueilli.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
4. Eu égard aux motifs qui en constituent le fondement, le présent jugement implique seulement que le préfet de police de Paris procède au réexamen de la demande de Mme B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder à un tel réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à Mme B, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement à Me Simmond d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté en date du 16 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris a obligé Mme B à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme B dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente décision.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Me Simmond dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de l'admission définitive Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
La magistrate désignée,
A-D. CLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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