lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2410998 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TOUJAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024, Mme D A, représentée par Me Toujas, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, la complète exécution de l'ordonnance n°2404012/2-1 du 18 mars 2024 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Paris, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de Mme A, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification de l'ordonnance et, dans cette attente, de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
2°) d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 24h à compter de l'ordonnance à intervenir et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; et de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de l'intéressée dans un délai de 24h à compter de l'ordonnance à intervenir, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2403984 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Evgénas pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Evgénas a lu son rapport au cours de l'audience publique, tenue le 23 mai 2024, en présence de Mme Pochot, greffière d'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante béninoise née le 25 avril 1979, est entrée en France le 4 mars 2020, avec ses deux filles, afin de solliciter le bénéfice d'une protection internationale. Par décision du 25 mai 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a reconnu la qualité de réfugié à sa fille B C. Le 24 juillet 2023, Mme A a déposé une demande de titre de séjour, via le téléservice " Administration numérique des étrangers en France " (ANEF), en qualité de parent d'enfant reconnu réfugié sur le fondement des dispositions de l'article L.424-3 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et une confirmation de dépôt lui a été délivrée le même jour. Mme A a demandé au juge des référés d'ordonner la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de résident à la suite de sa demande du 24 juillet 2023. Par une ordonnance n°2404012/2-1 du 18 mars 2024 le juge des référés du tribunal administratif de Paris, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de Mme A, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification de la décision et, dans cette attente, de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Mme A qui soutient que le préfet de police n'a pas procédé à ce réexamen demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de modifier les mesures qu'il a ainsi ordonnées pour assurer l'exécution de son ordonnance.
2. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin. "
3. Si l'exécution d'une ordonnance prononçant la suspension d'une décision administrative sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du même code, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter la mesure de suspension demeurée sans effet par une injonction et une astreinte destinée à en assurer l'exécution.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'il n'a pas procédé au réexamen de la demande de délivrance d'un titre de séjour par Mme A tel qu'ordonné par la décision du juge des référés n°2404012/2-1 du 18 mars 2024. Le préfet de police n'allègue ni ne justifie d'aucune circonstance de droit et de fait de nature à faire obstacle à l'exécution de l'ordonnance. Dans ces conditions, il y a lieu de compléter l'injonction déjà prononcée de réexaminer la situation de Mme A, à titre provisoire dans l'attente du jugement au fond, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, en l'assortissant d'une astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut pour le préfet de police de justifier de l'exécution de cette injonction dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et ce, jusqu'à la date à laquelle l'ordonnance précitée du 18 mars 2024 aura reçu exécution.
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : Une astreinte est prononcée à l'encontre de l'Etat (préfet de police) s'il ne justifie pas avoir, dans les huit jours suivant la notification de la présente ordonnance, exécuté l'ordonnance n°2404012/2-1 du 18 mars 2024 en réexaminant la situation de Mme A et en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et ce jusqu'à la date de cette exécution. Le taux de cette astreinte est fixé à 150 euros par jour, à compter de l'expiration du délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'Etat communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter l'ordonnance n°2404012/2-1 du 18 mars 2024.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, à Me Toujas et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 27 mai 2024.
La juge des référés,
J. EVGENAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.