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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2411007

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2411007

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2411007
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantOTTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024, M. C A, représenté par Me Ottou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat, ou à lui verser directement en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Concernant l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation et n'a pas été précédé d'un examen individuel de sa situation ;

- il méconnait les articles L. 613-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les articles L. 611-1, L. 611-3 et L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Concernant l'arrêté fixant le pays de destination :

- il est dépourvu de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention franco-malienne du 11 février 1977 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E en application de l'article

R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations orales de Me Ottou, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A, ressortissant malien né le 31 décembre 2005, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français et fixé le pays de renvoi.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française ".

4. Le requérant soutient sans être contesté être arrivé à l'âge de 17 ans sur le territoire français en 2021. Il a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) à compter du 27 avril 2022. Sa prise en charge par l'ASE se poursuit dans le cadre d'un contrat jeune majeur. Il ressort également des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. A est scolarisé au Centre éducatif et de formation d'Alembert, en formation cuisine. Par ailleurs,

il a obtenu le titre professionnel d'agent de restauration. Dans ces conditions, au regard de son âge lors de son arrivée sur le territoire français, de ses efforts d'insertion dans la société française et de sa progression, attestée notamment par les notes sociales et les bulletins scolaires qu'il produit, le préfet de police de Paris, en prenant la décision de l'éloigner du territoire français, a commis une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de l'autre arrêté attaqué, privé de base légale, par lequel cette autorité a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, à verser à Me Ottou, la somme globale de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ottou renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 24 avril 2024 du préfet de police de Paris est annulé.

Article 3 : L'État versera à Me Ottou, conseil de M. A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Ottou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de sa mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Ottou et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

La magistrate désignée,Le greffier,

A-D. E A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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