mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2411208 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | PERRIMOND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 mai 2024 et le 28 juin 2024, M. A C, représenté par Me Perrimond, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard, en lui délivrant dans cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation, y compris en ce qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
- il méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dès lors que la prise en charge médicale de sa pathologie ne peut être assurée dans son pays d'origine ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- il méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle ;
- la décision par laquelle le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une décision en date du 2 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lenoir.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 16 décembre 1983 à Oum El Bouaghi, entré en France en janvier 2017 selon ses déclarations, a sollicité lors d'un rendez-vous en préfecture du 10 octobre 2022 son admission au séjour sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté en date du 24 avril 2023, le préfet de police a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme B D, attachée d'administration de l'Etat, cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'a été signée la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, premièrement, l'arrêté attaqué mentionne que M. C a sollicité son admission au séjour sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cet arrêté, en tant qu'il porte refus de cette demande, mentionne en outre que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a considéré, dans un avis en date du 16 janvier 2023, que si la situation de santé de M. C nécessitait une prise en charge dont le défaut était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie, ainsi qu'y voyager sans risque, et qu'après examen de la situation de l'intéressé, il ne remplit pas les conditions lui permettant de se voir délivrer un certificat de résidence sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. M. C n'est pas fondé à soutenir que cette motivation est insuffisante.
4. Deuxièmement, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 se confond avec celle du refus de titre de séjour et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus, ainsi qu'il a été dit au point qui précède, est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique.
5. Troisièmement, l'arrêté attaqué, qui vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, mentionne que M. C n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine ou dans son pays de résidence habituelle où il est légalement admissible.
6. Quatrièmement, d'une part, l'arrêté attaqué, en tant qu'il prononce à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, mentionne les dispositions de l'article L. 612-8 dont il fait application. D'autre part, cet arrêté fait mention de ce que l'intéressé déclare être entré sur le territoire français en janvier 2017, qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifiée le 14 décembre 2021. M. C n'est pas fondé à soutenir que cette motivation est insuffisante.
7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 6 que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".
9. Pour refuser de délivrer à M. C un certificat de résidence en application des dispositions qui précèdent, le préfet de police a considéré, ainsi que l'avait fait le collège des médecins de l'OFII dans son avis en date du 16 janvier 2023, que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut était de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que M. C est atteint d'une maladie auto-immune. Pour soutenir que cette pathologie n'est pas susceptible de faire l'objet d'un traitement approprié en Algérie, M. C se prévaut de certificats médicaux, d'un compte-rendu d'hospitalisation et de prescriptions médicamenteuses. Toutefois, s'il est vrai que l'attestation du 12 décembre 2023 qu'il produit, établie par le service de médecine interne de l'hôpital Beaujon, indique que la prise en charge spécialisée dont bénéficie l'intéressé justifie qu'il se maintienne en France pendant un an au moins, ce document, eu égard aux termes généraux de sa rédaction et en l'absence de tout élément précis sur la spécificité éventuelle de cette prise en charge, ne saurait avoir pour effet d'infirmer l'appréciation portée par le préfet sur la disponibilité effective d'un traitement dans le pays d'origine de M. C, s'appropriant ainsi l'avis du collège de médecins l'OFII. En outre, l'attestation du 17 avril 2024 émanant du même service de l'hôpital Beaujon, si elle souligne le niveau de soin et de suivi que requiert la pathologie de M. C, dont la gravité est constante, est dépourvue de mention quant à une indisponibilité de ce traitement en Algérie. Enfin, si le compte-rendu d'hospitalisation du 2 janvier 2024 produit par le requérant fait état d'une évolution d'une altération de son état général, les conclusions de ce document relèvent l'absence de " cause somatique " de cette évolution, attribuée à une pathologie psychiatrique distincte, et dont il ne se prévaut pas dans ses écritures, pour laquelle il est par ailleurs pris en charge, ainsi que le révèle l'attestation du 14 février 2024 établie par le centre médico-psychologique " La Chaise Bleue ". Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions qui précèdent que le préfet de police a refusé la demande de délivrance d'un certificat de résidence présentée par M. C.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative ; / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".
11. Il résulte des dispositions précitées que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de ce code, ou des stipulations équivalentes de l'accord franco-algérien, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors que, comme il a été dit au point 9, M. C ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'accord franco-algérien équivalentes à celles de l'article L 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'était, par suite, pas tenu de soumettre sa demande à la commission du titre de séjour.
12. En cinquième lieu, si M. C soutient qu'il justifie de l'existence d'une vie privée en France au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, il ne produit aucun élément au soutien de ces allégations. En outre, pour les mêmes motifs que ce qui a été dit au point 9, M. C ne saurait se prévaloir de son état de santé pour soutenir qu'eu égard à son état de santé, l'arrêté attaqué porterait une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dont serait entaché l'arrêté attaqué au regard des circonstances propres à la situation de M. C doit être écarté.
13. En sixième lieu, dès lors, ainsi qu'il a été dit au point 9, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié de sa pathologie en Algérie, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, en tant qu'il fixe le pays à destination duquel il pourrait être éloigné, méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
14. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "
15. Pour prononcer à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, le préfet de police a relevé, sans être contesté par le requérant dans le cadre de l'instance, que si celui-ci se prévaut d'une entrée sur le territoire en 2017, il est célibataire et sans charge de famille en France alors que ses parents et sa fratrie résident en Algérie et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français notifiée le 24 décembre 2021. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions qui précèdent que le préfet de police a prononcé à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Perrimond et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
Le rapporteur,
A. LENOIR
Le président,
B. ROHMERLa greffière,
V. FLUET
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026