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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2411210

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2411210

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2411210
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet de police refusait de renouveler le titre de séjour de M. A, ressortissant égyptien, et l'obligeait à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur d'appréciation en considérant la présence de M. A comme une menace pour l'ordre public, au sens de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et avait méconnu l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'est fondée sur l'ancienneté du séjour en France de M. A (depuis 2005), son activité professionnelle stable, et sa vie familiale avec un ressortissant français pacsé depuis 2011.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 mai 2024, le 3 juin 2024 et le 2 août 2024, M. B D A, représenté par Me Mohamed, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois :

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision fixant le pays de la reconduite :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Emmanuelle Topin.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant égyptien, né le 4 mars 1983, entré en France en septembre 2005, selon ses déclarations, a sollicité, le 30 mai 2023, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 17 avril 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). "

3. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A, le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de ce que la présence de l'intéressé était constitutive d'une menace à l'ordre public dans la mesure où ce dernier a été condamné le 4 avril 2023 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de six mois de prison avec sursis, assortie d'un stage de citoyenneté et d'une interdiction de séjour au magasin Coccinelle Market pendant une durée de deux ans, pour des faits de violences aggravées par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui se prévaut de la durée de son séjour en France et de ce qu'il y a établi le centre de ses intérêts personnels et professionnels, exerce, à la date du 29 janvier 2024, une activité professionnelle en qualité de plongeur sous contrat à durée indéterminée depuis cinq ans et quatre mois pour le compte de la société " Courtyard by Marriott ". Il est par ailleurs pacsé avec un ressortissant français depuis le 3 novembre 2011 et il produit des avis d'imposition communs au foyer pour la période de 2018 à 2023 et des bulletins de paye à l'adresse commune du couple justifiant ainsi de la communauté de vie. Il établit également, par la production d'échanges de courriels du 31 juillet 2024 avec le consulat général de France en Egypte que, contrairement à ce que soutient le préfet de police en défense, la poursuite d'une vie privée et familiale normale avec son conjoint ne serait pas possible dans son pays d'origine dès lors que la pratique de l'homosexualité y est sanctionnée et que l'union entre personnes du même sexe, même étrangères, conclue à l'étranger, et quelle qu'en soit la forme, n'y est pas opposable. Par ailleurs, eu égard au caractère isolé des faits délictuels commis par M. A au quantum de la peine prononcée, et à l'absence de récidive, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet de police a porté une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 17 avril 2024 de refus de délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, les autres décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de M. A, de lui délivrer, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement un titre de séjour " vie privée et familiale ", dans un délai de trois mois, à compter du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 17 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A un titre de séjour " vie privée et familiale ", dans un délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Emmanuelle Topin, présidente-rapporteure,

- M. Martin-Genier, premier conseiller,

- M. Hémery, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

E. Topin

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-Genier La greffière,

E. Cardoso

***

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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