mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2411235 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 mai et le 27 juin 2024, M. A B, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et de le munir immédiatement d'une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois et de lui délivrer, dans le délai d'un mois, un récépissé, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été adopté en méconnaissance de l'autorité de chose jugée attachée aux jugements du tribunal du 19 avril 2023 et du 2 novembre 2023 ;
- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- le préfet s'est fondé sur des faits matériellement inexacts ;
- le refus par le préfet de mise en œuvre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le motif de refus fondé sur la menace à l'ordre public qu'il représenterait est entaché d'erreur d'appréciation ;
- le refus de délivrance d'un titre de séjour porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Calladine,
- et les observations de Me Sainte Fare Garnot substituant Me Rochiccioli, avocate de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 5 janvier 2022. Par un arrêté du 16 décembre 2022, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement du 19 avril 2023 n° 2301558/5-3, le tribunal administratif de Paris a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. B. Par un arrêté du 21 juin 2023 le préfet de police lui a de nouveau refusé le séjour et fait obligation de quitter le territoire français sous trente jours. Par un jugement du 2 novembre 2023 n° 2316999/6-2, le tribunal administratif de Paris a annulé cet arrêté au motif qu'il méconnaît l'autorité de chose jugée du jugement du 19 avril 2023 et a enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation administrative de M. B, en saisissant la commission du titre de séjour, dans un délai de deux mois. Par un arrêté du 5 avril 2024, le préfet de police a de nouveau refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office. M. B demande l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 5 avril 2024.
Sur la légalité de l'arrêté du 5 avril 2024 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "
3. Pour refuser à M. B l'admission au séjour, le préfet de police a, notamment, estimé que l'intéressé ayant été condamné pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, sa présence représentait une menace à l'ordre public. Toutefois, pour ces faits qui se sont produits le 10 décembre 2020, soit plus de trois ans avant l'édiction de l'arrêté attaqué, et qui n'ont pas été réitérés, M. B a été condamné au paiement d'une amende forfaitaire de 800 euros et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait commis d'autres infractions. Ces seuls faits de faible gravité ne suffisent pas à qualifier la présence de M. B de menace à l'ordre public. En retenant ce motif, le préfet de police a donc fait une inexacte application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En deuxième lieu, le préfet peut délivrer à titre de régularisation un titre de séjour à un étranger marocain ne remplissant pas les conditions auxquelles la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est normalement subordonnée, par la mise en œuvre du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'étranger.
5. D'une part, ainsi que le tribunal administratif de Paris l'a relevé au point 4 du jugement du 19 avril 2023 précité, M. B est né le 26 juin 1985 à Levallois-Perret, il a vécu en France jusqu'en 1994, il y est revenu le 7 juillet 2007 avec un visa " étudiant concours " et il y a poursuivi des études supérieures avec un titre de séjour " étudiant " jusqu'au 1er décembre 2012. M. B fournit, pour chacune des années entre 2013 et 2023, des documents administratifs, des documents postaux, des certificats médicaux, ou encore relatifs à son affiliation à l'aide médicale d'Etat. Il justifie ainsi d'une résidence continue sur le territoire français depuis 2007 soit depuis plus de seize ans à la date de l'arrêté attaqué. D'autre part, M. B a obtenu en 2011 un diplôme d'ingénieur à l'Institut des sciences et techniques des Yvelines. Il exerce comme technicien réseaux télécom et courant faible au sein de l'entreprise Expert System depuis le 1er octobre 2018, soit depuis plus de cinq ans, et son employeur atteste de ses qualités professionnelles. Au regard de l'ancienneté du séjour de M. B sur le territoire français, de la durée de son emploi et de ses compétences professionnelles, le préfet de police a fait une appréciation manifestement erronée de la situation de l'intéressé en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation pour lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 5 avril 2024.
Sur l'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de droit ou de fait nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une nouvelle décision de refus, le présent jugement implique nécessairement que soit délivrée à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative.
8. Le présent jugement implique également que le préfet de police ou le préfet territorialement compétent munisse sans délai M. B d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 5 avril 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de délivrer sans délai à M. B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 4 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Simonnot, président,
- Mme Laforêt, première conseillère,
- Mme Calladine, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
La rapporteure,
A. CALLADINE
Le président,
J.-F. SIMONNOTLa greffière,
M.-C. POCHOT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400082
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Le Printemps immobilier, qui demandait une réduction de sa cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'année 2021. La juridiction a jugé que la société, sur laquelle pesait la charge de la preuve en vertu de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, n'avait pas démontré le caractère exagéré de l'imposition. Elle n'a pas établi que la surface réelle de ses locaux était inférieure à celle déclarée, ni que l'administration avait fait une application erronée des règles de calcul, notamment celles de l'article 1518 A du code général des impôts.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504630
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler la décision de la Ville de Paris de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée. Le juge rappelle qu'un agent en CDD n'a pas de droit au renouvellement, mais que l'administration doit agir dans l'intérêt du service, ce qui peut inclure des considérations sur la manière de servir. Il écarte les moyens soulevés (incompétence du signataire, défaut de motivation, absence d'entretien préalable et de communication du dossier), estimant que la décision contestée n'avait pas le caractère d'une sanction disciplinaire et que les procédures spécifiques à celle-ci ne s'appliquaient donc pas. La décision s'appuie sur les principes généraux du droit de la fonction publique.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2314176
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... qui contestait son imposition en France sur ses revenus d'enseignement perçus de 2019 à 2021. La juridiction a jugé que, conformément à la convention fiscale franco-allemande du 21 juillet 1959, ses revenus salariaux étaient imposables en France, lieu où l'activité professionnelle était exercée, et non en Allemagne où elle résidait. Le tribunal a ainsi validé le principe d'imposition des revenus d'emploi dans l'État où le travail est effectué, tel que prévu par ladite convention et le code général des impôts.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2324985
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi par la société Camille Fournet, qui contestait une sanction administrative pour non-respect des délais de paiement inter-entreprises. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que l'amende de 13 000 euros et sa publication étaient légales et proportionnées au regard des manquements constatés. La décision s'appuie sur les articles L. 441-10 et L. 441-11 du code de commerce relatifs aux délais de paiement.
07/04/2026