lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2411297 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | MESUROLLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Mesurolle, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 9 février 2024 par laquelle le préfet de police l'a placée en fuite et la décision de prolongation du délai de transfert, révélées par la notice d'informations relatives à la prolongation des délais de transfert ou du report du transfert , jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile
en procédure normale, de lui remettre le formulaire de saisine de l'OFPRA et, de lui renouveler son attestation de demande d'asile dans un délai de 48h suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard; à défaut d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer pour la durée de cet examen une autorisation provisoire de séjour, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que l'urgence est établie dès lors qu'elle risque de voir ses conditions matérielles d'accueil suspendues, de devoir quitter son lieu d'hébergement et qu'elle ne peut présenter de demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ; elle justifie en outre, d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée qui est entachée d'incompétence, de défaut de base légale en ce qu'elle méconnait les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 et en raison de l'absence d'information de l'Etat considéré comme responsable avant la fin du délai de six mois de la prolongation du délai de transfert.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2411296 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Evgénas pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".
2. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Pour justifier de l'urgence, Mme A se borne à indiquer qu'elle risque de voir ses conditions matérielles d'accueil suspendues, de devoir quitter son lieu d'hébergement et qu'elle ne peut présenter de demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Toutefois, la requérante ne justifie pas avoir sollicité l'enregistrement d'une demande d'asile selon la procédure normale. Par ailleurs, si elle demande la suspension de la notice " informations relatives à la prolongation des délais de transfert " du 9 février 2024, elle ne donne aucune explication sur les raisons pour lesquelles elle a introduit le présent référé plus de trois mois après cette notification. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'elle ne s'est pas rendue à la convocation du 22 janvier 2024 pour l'exécution de la mesure de transfert et se borne à produire pour justifier de son absence un avis de passage à l'hôpital qui ne fait état d'aucun élément de gravité. Enfin, la requérante ne produit au dossier aucun élément précis et circonstancié sur ses conditions d'existence en France. Dans ces conditions, et au regard aux éléments figurant au dossier, Mme A ne démontre pas que la décision litigieuse préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation. En conséquence, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.
6. La condition d'urgence n'étant pas satisfaite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A n'est pas admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et à Me Mesurolle.
Fait à Paris, le 13 mai 2024.
La juge des référés,
J. EVGENAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.