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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2411319

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2411319

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2411319
TypeDécision
Avocat requérantCHÉRIF-AUFAURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de M. C A du logement qu'il occupe au sein du centre d'hébergement " Gutenberg " géré par l'association Centre Corot Entraide d'Auteuil, situé au 17 rue Gutenberg à Paris (15ème arrondissement) ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) d'autoriser le préfet à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre Gutenberg, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure posées par l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont remplies : M. A refuse de libérer sa place en hébergement d'urgence après avoir eu un comportement violent ; cet hébergement est nécessaire pour l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile ;

- sa demande ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. A n'a pas respecté le règlement de fonctionnement de la structure, qu'il a eu un comportement violent vis-à-vis des équipes sociales ; l'intéressé a été informé de la fin de sa prise en charge le 4 mars 2024 mais occupe irrégulièrement les locaux depuis cette date.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, M. A, représenté par Me Chérif-Aufaure, conclut à ce qu'il lui soit accordé l'aide juridictionnelle, à titre provisoire et au rejet de la requête.

Il soutient qu'une contestation sérieuse s'oppose à son expulsion ; il n'a pas agressé une résidente du centre d'hébergement mais a, au contraire, subi des violences qui ont justifié un dépôt de plainte le 23 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Trieste, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme B ;

- et les observations de Me Cherif-Aufaure, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Des pièces produites par le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris ont été enregistrées le 28 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Compte tenu de l'urgence, il y lieu d'accorder, à titre provisoire, l'aide juridictionnelle à M. A.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Lorsque le juge des référés est saisi d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence, d'utilité et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

3. Aux termes de l'article L. 345-1 du code de l'action sociale et des familles : " Bénéficient, sur leur demande, de l'aide sociale pour être accueillies dans des centres d'hébergement et de réinsertion sociale publics ou privés les personnes et les familles qui connaissent de graves difficultés, notamment économiques, familiales, de logement, de santé ou d'insertion, en vue de les aider à accéder ou à recouvrer leur autonomie personnelle et sociale. () Les centres d'hébergement et de réinsertion sociale, dont les conditions de fonctionnement et de financement sont prévues par voie réglementaire, assurent tout ou partie des missions définies au 8° du I de l'article L. 312-1, en vue de faire accéder les personnes qu'ils prennent en charge à l'autonomie sociale. ".

4. Il résulte de l'instruction que M. A a été admis le 11 juillet 2022 au centre d'hébergement " Gutenberg ", géré par l'association Centre Corot d'entraide d'Auteuil. A plusieurs reprises, M. A a fait l'objet de constats répétés du non-respect du contrat de séjour et du règlement de fonctionnement du centre d'hébergement et a manifesté un comportement violent et agressif à l'égard de résidents et du personnel. Il a, notamment, fait l'objet d'une plainte pour violences physiques ayant entraîné une incapacité de travail envers une résidente du centre le 23 février 2024. La directrice du centre a, en conséquence, pris le 4 mars 2024 une décision de fin de prise en charge avec effet immédiat. Le 21 mars 2024, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a mis en demeure M. A de quitter les lieux. L'intéressé a refusé le pli avec accusé de réception contenant cette mise en demeure qui est restée sans effet depuis lors. Si M. A conteste les faits de violence et soutient qu'il a, lui-même, déposé plainte à l'encontre de la résidente, il ressort des pièces du dossier que les services de la préfecture de police n'ont enregistré cette plainte que le 23 mars 2024 après que M. A a été mis en demeure de quitter son hébergement. Cette plainte doit ainsi être regardée comme ayant été établie pour les besoins de la cause. En outre, le comportement violent de M. A est confirmé par le dépôt d'une main courante le 10 avril 2024 auprès des services de la préfecture de police à la suite d'une agression par l'intéressé du gardien de l'immeuble situé au 17, rue Gutenberg à Paris (15ème arrondissement) qui lui en refusait l'entrée.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A se maintient dans un lieu d'hébergement alors que son comportement violent est établi. La mesure d'expulsion sollicitée par le préfet ne se heurte donc à aucune contestation sérieuse.

6. En outre, et comme le fait valoir, sans être contesté le préfet de Paris, le baromètre d'activité du SIAO en juin 2023 estime que le taux de réponse positive quotidien du 115 pour les hommes seuls est en moyenne de 28% (soit 50 demandes pourvues pour 117 demandes non pourvues). A la date du 1er juillet 2023, le département de Paris comptait 12 530 personnes en liste d'attente avec une demande active depuis moins de trois mois en vue d'une place dans un hébergement et ne pouvant en bénéficier eu égard à la saturation du dispositif. Les personnes qui se maintiennent dans les lieux alors qu'elles n'y ont plus le droit compromettent le fonctionnement normal de l'organisme effectuant l'hébergement en ne permettant pas à ce dernier d'assurer l'objectif d'égal accès des usagers. Dans ces conditions, et alors que la mesure d'expulsion sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, il y a lieu de considérer que les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. A de libérer sans délai le logement qu'il occupe sans droit ni titre dans le centre d'hébergement " Gutenberg ".

8. En revanche, il n'entre pas dans l'office du juge administratif d'autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, non plus en tout état de cause à l'association Centre Corot Entraide d'Auteuil, d'une part, à demander à l'Etat le concours de la force publique pour l'exécution de la présente ordonnance et d'autre part, à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement " Gutenberg " afin de débarrasser les lieux des meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés. Les conclusions présentées à cette fin sont irrecevables.

O R D O N N E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée, à titre provisoire, à M. A.

Article 2 : Il est enjoint à M. A de quitter sans délai le logement qu'il occupe irrégulièrement au sein du centre d'hébergement " Gutenberg " situé au 17 rue Gutenberg dans le 15ème arrondissement de Paris.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, au ministre chargé du logement et à M. C A.

Fait à Paris, le 29 mai 2024.

La juge des référés,

M-O. B

La République mande et ordonne au ministre chargé du logement, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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