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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2411491

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2411491

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2411491
TypeOrdonnance
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mai 2024, Mme C A, représentée par Me Hug, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a accordé le concours de la force publique aux fins d'expulsion de son logement sis 68 rue du Mont-Cenis à Paris ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la mise en œuvre de l'expulsion du logement qui peut être mise en œuvre à compter du 2 mai 2024 aggraverait de manière grave et immédiate sa situation eu égard à sa particulière vulnérabilité alors qu'elle est handicapée, démunie de ressources et sans solution de relogement.

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision accordant le concours de la force publique :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée de vices de procédure dès lors que l'huissier instrumentaire n'a pas transmis au préfet une copie du jugement d'expulsion et une copie du commandement de quitter les lieux et en raison d'un défaut d'information préalable de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des considérations tenant à la sauvegarde de l'ordre public compte tenu de sa particulière vulnérabilité liée à son état de santé, à son handicap (entre 50 et 79%), au viol subi en 2022 et au regard des circonstances survenues postérieurement au jugement d'expulsion telles le suivi médical et psychologique dont elle bénéficie et l'apurement de sa dette locative et la reprise du paiement de son loyer.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de sa décision.

Vu :

- la requête de Mme A, enregistrée le 7 mai 2024, sous le n° 2411492, tendant à l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier, notamment les pièces complémentaires enregistrées pour la requérante le 22 mai 2024.

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 22 mai 2024, à 15h en présence de Mme Tardy-Panit, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Salzmann,

- les observations de Me Pluchet, substituant Me Hug, représentant Mme A, qui reprend ses écritures et insiste sur la vulnérabilité de l'intéressée, sans solution de relogement, sa demande au titre du DALO étant récente, reconnue handicapée à plus de 50% en août 2021, placée sous curatelle renforcée depuis septembre 2021, bénéficiant d'un suivi psychologique régulier, victime d'un viol en mars 2022, sur le risque d'une fragilisation de sa situation en cas d'expulsion, ainsi que sur la circonstance que grâce au suivi de son curateur, sa dette locative a été quasiment apurée ;

- les observations de Mme F, représentant le préfet de police, qui reprend ses écritures et fait valoir, en particulier, que Mme A reconnue handicapée en aout 2021, perçoit l'allocation adulte handicapée, bénéficie d'un curateur pour l'assister, que son état de santé et sa situation personnelle se sont améliorés ainsi qu'en atteste le certificat médical produit faisant état notamment de son sevrage de l'alcool depuis 1 an et 4 mois, qu'il n'existe pas d'élément sur les répercussions psychologiques du viol lequel n'est pas établi par les pièces du dossier ; elle assure qu'aucune expulsion ne sera effectuée sans une proposition d'hébergement temporaire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance du 14 octobre 2021, le juge des référés du tribunal judiciaire de Paris a constaté l'acquisition de la clause résolutoire du bail du 5 octobre 2006 conclu entre M. E et Mme A et ordonné l'expulsion de Mme A du logement qu'elle occupe à Paris dans le 18ème arrondissement en assortissant cette décision de l'exécution provisoire. L'huissier instrumentaire a adressé un commandement de quitter les lieux à Mme A le 20 décembre 2021. Le 21 novembre 2023, il a adressé un procès-verbal de tentative d'expulsion et le 15 décembre 2023, il a requis le concours de la force publique aux fins d'expulsion du logement. Par un courrier du 12 avril 2024, le préfet de police a informé Mme A qu'il avait accordé le concours de la force publique à l'huissier instrumentaire pour la faire expulser de ce logement à compter du 2 mai 2024. Par la présente requête, Mme A demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision accordant le concours de la force publique.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de prononcer l'admission de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. L'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution prévoit que : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires ". Aux termes de l'article L. 411-1 de ce code : " Sauf disposition spéciale, l'expulsion d'un immeuble ou d'un lieu habité ne peut être poursuivie qu'en vertu d'une décision de justice ou d'un procès-verbal de conciliation exécutoire et après signification d'un commandement d'avoir à libérer les locaux ".

6. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme A se trouvait dans une situation de précarité d'une gravité telle que son expulsion devait être considérée par le préfet de police comme de nature à porter atteinte à l'ordre public. En l'état de l'instruction, aucun des moyens de légalité interne et externe invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête tenant au défaut de capacité à agir et de statuer sur la condition tenant à l'urgence, que les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée et celles tendant à l'application des articles L.761 -1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. D E, à Adiam Tutelles et à Me Hug.

Fait à Paris le 28 mai 2024.

La juge des référés,

M. SALZMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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