mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2411556 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | VEILLAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 10 et 16 mai et 8, 14 et 21 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Veillat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 12 janvier 2024 par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident, en sa qualité de parent d'enfant mineur ayant le statut de réfugié, au titre de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, une carte de résident ou, à défaut, de réexaminer sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente et dans un délai de cinq jours à compter du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation individuelle ;
- elle méconnaît l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation .
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que, postérieurement à l'introduction de sa requête, la requérante a été mise en possession d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour.
Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris du 3 juin 2024.
Par ordonnance du 14 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 23 octobre 2024.
Une note en délibéré, présentée pour Mme B, a été enregistrée le 15 novembre 2024 et n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn ;
- et les observations de Me Veillat, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ivoirienne, née le 13 septembre 1995, est entrée en France le 27 octobre 2018 selon ses déclarations. Sa fille ayant obtenu le statut de réfugié le 31 juillet 2023, la requérante a sollicité, le 12 septembre 2023, sur le fondement de l'article L 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une carte de résident en sa qualité de parent d'un enfant mineur ayant le statut de réfugié, via la plateforme numérique de l'ANEF. Le silence de quatre mois, gardé par l'administration, a fait naître une décision implicite de rejet en application des dispositions de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision implicite.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est vu accorder l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris du 3 juin 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, devenues sans objet.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de police :
4. Le préfet de police soutient que la requête est devenue sans objet, dès lors que Mme B a été mise en possession le 15 juillet 2024 d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 14 octobre 2024 et renouvelée jusqu'au 11 décembre 2024. Toutefois, par sa requête, Mme B entend obtenir l'annulation de la décision du 12 janvier 2024 par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident en sa qualité de parent d'enfant mineur ayant le statut de réfugié. Dès lors, la requête ne peut être considérée comme ayant perdu son objet et l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de police doit, par suite, être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : [] 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
6. Il résulte de l'instruction que, par son silence gardé, le préfet de police a implicitement refusé de délivrer à Mme B le titre de séjour qu'elle sollicitait, en sa qualité de parent d'enfant mineur ayant le statut de réfugié, par une décision née le 12 janvier 2024, alors même qu'il est constant que la fille de Mme B, Ayline Saly Traore B, née le
14 décembre 2022, a été admise au bénéfice du statut de réfugiée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par une décision en date du 31 juillet 2023. Si le préfet de police fait valoir dans son mémoire en défense que Mme B représente une menace pour l'ordre public dès lors que celle-ci a été condamnée le 5 octobre 2022 par le tribunal correctionnel de Créteil à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence par conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité avec usage ou menace d'une arme commis le 4 février 2022, ces faits, en raison de leur caractère isolé et compte tenu du caractère réciproque des violences conjugales commises sur son conjoint, lequel a été condamné pour ces faits à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis, ne sont pas, dans les circonstances de l'espèce, de nature à établir une menace à l'ordre public actuelle et d'une gravité telle qu'elle puisse légalement fonder la mesure attaquée. Il s'ensuit que le préfet de police, en refusant de délivrer à Mme B le titre de séjour demandé, a méconnu les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de faire droit à sa demande de carte de résident sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. En raison du motif qui la fonde, et au regard des circonstances exposées au point 6, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement que la carte de résident sollicitée soit délivrée à la requérante. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent, sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer la carte de résident visée à l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Veillat, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement, à Me Veillat, d'une somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme B.
Article 2 : La décision du 12 janvier 2024 par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de délivrer à Mme une carte de résident sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent, sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer à
Mme B une carte de résident sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 4 : Sous réserve que Me Veillat, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Veillat une somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Veillat et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
La rapporteure,
I. OSTYN
Le président,
J.-C. TRUILHÉ
La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026