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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2411559

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2411559

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2411559
TypeDécision
Avocat requérantVEILLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Veillat, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 12 janvier 2024 par laquelle le préfet de police, via la plateforme de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), a refusé de lui délivrer une carte de résident, en sa qualité de parent d'enfant mineur ayant le statut de réfugié, au titre de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à compter de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de cinq jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est remplie dès lors que cette décision, qui ne lui permet plus de justifier de la régularité de son séjour, la place dans une situation administrative précaire qui ne lui permet pas de travailler, l'empêchant ainsi d'avoir un logement et de subvenir aux besoins de sa fille qui a obtenu le statut de réfugié.

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressée et d'une motivation insuffisante au sens de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet a méconnu l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. En outre, elle a commis une erreur manifeste d'appréciation.

La préfecture de police, à qui la requête a été régulièrement communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- la requête n° 2411556, enregistrée le 10 mai 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cour de l'audience publique tenue le 17 mai 2024, en présence de Mme Gaonach-Née, greffière d'audience :

- le rapport de M. Rohmer ;

- Me Veillat, avocate de Mme B, qui persiste dans ses conclusions et moyens ;

- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne, est entrée en France le 27 octobre 2018, munie d'un visa. Sa fille ayant obtenu le statut de réfugié le 31 juillet 2023, la requérante a sollicité, le 12 septembre 2023, une carte de résident en sa qualité de parent d'un enfant mineur ayant le statut de réfugié, via la plateforme numérique de l'ANEF. Le silence de quatre mois gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet en application des dispositions de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la requête susvisée, Mme B demande la suspension de l'exécution de cette décision sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la décision attaquée, qui refuse à Mme B la délivrance d'un titre de séjour, la place dans une situation de précarité administrative l'empêchant de séjourner régulièrement, de travailler et ainsi de subvenir aux besoins de son enfant ayant le statut de réfugié. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de regarder la condition d'urgence comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

6. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : [] 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ".

7. Il résulte de l'instruction que, par son silence gardé, le préfet de police a implicitement refusé de délivrer à Mme B le titre de séjour qu'elle sollicitait, en sa qualité de parent d'enfant mineur ayant le statut de réfugié, par une décision née le 12 janvier 2024, alors même qu'il est constant que la fille de Mme B, née le 14 décembre 2022, a été admise au bénéfice du statut de réfugiée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par une décision en date du 31 juillet 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Les deux conditions tenant à l'urgence et à l'existence d'un moyen sérieux étant remplies, il y lieu de suspendre l'exécution de la décision du 12 janvier 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à Mme B, une carte de résident en sa qualité de parent d'enfant mineur ayant le statut de réfugié.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. En raison du motif qui la fonde, la suspension de la décision attaquée implique nécessairement le réexamen de la demande de titre de séjour de Mme B, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de cette demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Veillat, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement, à Me Veillat, d'une somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B, par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 800 euros sera versée au titre des frais d'instance à Mme B.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite née le 12 janvier 2024, par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à Mme B une carte de résident en sa qualité de parent d'enfant mineur ayant le statut de réfugié, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de délivrance d'un titre de séjour de Mme B, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Article 3 : Sous réserve que Me Veillat, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Veillat une somme de 800 euros aux titres des frais d'instance. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B, par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 800 euros sera versée au titre des frais d'instance à Mme B.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Veillat, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 28 mai 2024.

Le juge des référés,

B. ROHMER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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