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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2411746

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2411746

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2411746
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de Mme B A, ressortissante colombienne, contestant l'arrêté du préfet de police du 12 avril 2024 refusant son titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. La requérante invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a annulé l'arrêté, considérant que le préfet avait porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme B A au respect de sa vie privée et familiale, compte tenu de son mariage avec un compatriote titulaire d'un titre de séjour, de la naissance de leur enfant en France et de son ancienneté de séjour de près de huit ans.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 13 mai, 28 mai et 23 juillet 2024, Mme C B A, représentée par Me Navarro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros toutes taxes comprises au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est signée d'une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits dès lors qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales sur le territoire français, et d'une erreur dans la qualification juridique des faits dès lors qu'elle dispose d'une ancienneté de séjour de près de huit ans ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 et le paragraphe 1 de l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est signée d'une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 et le paragraphe 1 de l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision fixant le pays de la reconduite :

- elle est signée d'une autorité incompétente ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 30 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Topin ;

- et les observations de Me Navarro avocate de Mme B A.

Une note en délibéré présentée pour Mme B A a été enregistrée le 10 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B A, ressortissante colombienne, née le 15 juillet 1990, est entrée en France le 24 août 2016, sous couvert d'un visa long séjour, valant titre de séjour " étudiant ", valable du 23 août 2016 au 23 août 2017, renouvelé jusqu'au 30 juin 2021. Elle a sollicité, le 10 mai 2022, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a été mise en possession de récépissés de demande de titre de séjour dont le dernier était valable jusqu'au 29 février 2024. Par un arrêté du 12 avril 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B A, entrée en France, munie d'un visa de type D, valable du 23 août 2016 au 23 août 2018, est mariée depuis le 20 août 2016 avec un compatriote, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 5 octobre 2026, qui exerce un emploi de coordinateur administratif et pédagogique à temps complet dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée conclu en octobre 2021. Elle réside en France avec son mari depuis lors. De l'union du couple est née le 2 juillet 2023 une enfant. Mme B A justifie en produisant un contrat de location à usage d'habitation, des factures à l'adresse commune du couple, une attestation de versement d'allocations délivrée par la caisse des allocations familiales et des avis d'imposition, de la réalité de la communauté de vie. Enfin, la requérante établit exercer une activité salariée en qualité de responsable de la communication pour le compte d'un même employeur depuis le 16 septembre 2020 par la production d'une attestation de son employeur et de 41 fiches de paie. Dans ces conditions, en refusant à Mme B A la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de police a porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme B A à une vie privée et familiale et par suite il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B A est fondée à demander l'annulation de la décision du 12 avril 2024 par laquelle le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant son pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de changements de circonstances, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à la requérante sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B A d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de police du 12 avril 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B A une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de B A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente-rapporteure ;

- M. Martin-Genier, premier conseiller ;

- M. Hémery, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

E. Topin

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-Genier

La greffière,

E. Cardoso

***

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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